Sécurité : Lettre aux lieux "alternatifs" de Grenoble
Voici une lettre ouverte au 38, à la BASE, au Lîeu, au Centre LGBTI, au 102, à la Cata, au Lokal autogéré, à Antigone, à l'Université autogérée et tous les autres lieux accueillant des événements engagés dans l'agglomération grenobloise.
"Bonjour à tou-te-s,
Je m'appelle Lou, je me définis comme survivaliste de gauche. Peut-être avez-vous lu certaines de mes publications sur ici Grenoble.
Je me permets de partager plusieurs réflexions concernant les risques d'incendie volontaire, d'attaque à main armée ou d'attentat dans vos locaux, dans les 5 ans à venir.
Cette phrase vous semble surprenante, anxyogène ou paranoïaque ?
Je m'explique.
Dans une France qui compte désormais plus de 12 millions d'électeurs et d'électrices d'extrême droite, plus de 120 députés RN et plus de 4 000 militants fascistes organisés, la violence verbale atteint des niveaux sidérants sur les réseaux sociaux et dans les médias de droite.
Chaque jour j'entends ou je lis des messages de haine viscérale contre les "gauchistes", les féministes, les personnes LGBTQI+, les écologistes, les syndicalistes et autres groupes classés comme "ennemis de la France". Les appels à "l'épuration", au meurtre ou à l'éradication sont de plus en plus explicites.
Ces vociférations sont avant tout symboliques. Mais sur certains esprits, les mots peuvent avoir des conséquences. Qui serait totalement surpris-e si, dans les 5 ans à venir, une tuerie, un incendie ou une attaque chimique frappait un lieu alternatif en France ?
À Grenoble, les probabilités semblent très faibles : les réseaux d'extrême droite sont moins puissants que dans d'autres villes. Mais ici comme ailleurs, trois menaces sont prises très au sérieux par le ministère de l'intérieur :
- Un groupuscule de jeunes fascistes souhaitant faire un "coup d'éclat", à l'image du projet WaffenKraft animé par un ancien gendarme néonazi en Isère. Cette menace est à la fois la plus probable et la plus contenue : les groupes violents d'extrême droite sont surveillés de près par la police. Du moins tant que l'extrême droite n'est pas au pouvoir.
- Un psychopathe solitaire qui, à la manière d'un Anders Breivik, commetterait une tuerie de masse particulièrement bien organisée. Cette menace est très dure à anticiper, très dure à contrer.
- Une personne à la santé mentale fragile ou en plein tourment personnel, chauffée à blanc par les discours de haine, qui soudain passerait à l'acte, avec un couteau, un fusil de chasse ou de l'essence, sans grande préparation. On ne compte plus ce type de folie suicidaire aux États-Unis, où chaque année des hommes souvent jeunes mitraillent des gays, des femmes, des personnes racisées, etc. C'est la menace qui me semble la plus crédible dans notre agglomération.
Les probabilités d'un tel cauchemar sont extrêmement faibles à Grenoble, et sans doute me considérez-vous comme une personne paranoïaque. Pourtant, face à une extrême droite de plus en plus hargneuse, je pense qu'il est urgent de renforcer une culture de l'autodéfense dans nos réseaux. Une culture qui prendra tout son sens si l'extrême droite ou la droite extrême parvient au pouvoir en 2027 ou en 2032, grâce au soutien actif et officiel des États-Unis.
Concrètement, que faire ?
Si ce n'est déjà fait, je pense qu'il faut réfléchir aux procédures d'urgence en cas d'attaque dans vos locaux :
- L'évacuation rapide : Comment faire sortir très rapidement tout le monde sans passer par l'entrée principale, ou se réfugier dans une pièce sécurisée ? Comment faire pour que cette procédure soit maîtrisée par tou-te-s les responsables du lieu, testée plusieurs fois par an, avec une brève info en début de chaque événement public, une signalétique, une réflexion sur les personnes à faible mobilité ?
- La riposte : Qui est capable de réagir rapidement pour protéger les autres, ralentir des assaillant-e-s, riposter efficacement ? Qui peut prodiguer des premiers soins ? Comment former des "vigies", des personnes observant régulièrement l'entrée du lieu, attentives aux comportements étranges dans la salle ? Faut-il s'équiper en matériel de riposte légal, en particulier tout ce qui permet de tenir à distance des personnes attaquant avec des armes blanches (outils à manche long, chaises maniables, extincteurs, projectiles) ? Une répartition claire des missions et des outils de chacun-e en cas d'attaque-surprise pemet de gagner de précieuses secondes, des secondes qui peuvent être vitales.
- L'interluttes : Faut-il créer un groupe d'intervention rapide à Grenoble ? Des personnes formées capables d'être alertées et d'intervenir sur un lieu en quelques minutes ? Des groupes de travail élaborant une sécurité collective ?
- La sécurité incendie : J'ai publié sur ici Grenoble un dossier expliquant à quel point un local comme Antigone ou La BASE peut brûler en moins de dix minutes. Or l'incendie volontaire est l'un des actes malveillants de base. La sécurité incendie est-elle opérationnelle dans vos locaux ? Faut-il la renforcer ? Des portes coupe-feu automatiques sont-elles installées ? Les portes d'entrée sont-elles suffisamment résistantes en cas d'attaque de nuit ? Le lieu dispose-t-il de plusieurs extincteurs voire d'une lance à incendie ?
- Les preuves : Faut-il installer des caméras filmant les lieux, pour prouver une attaque et aider à retrouver les coupables ? Par exemple des caméras sécurisées ne conservant les données que quelques heures ?
Je pourrais évidemment allonger la liste de ces questions. À chaque groupe de déployer son intelligence collective pour envisager tous les scénarios possibles, en fonction de chaque lieu.
Pour finir cette lettre, et pour mieux comprendre mes inquiétudes, je ne peux qu'encourager à lire ou relire l'histoire de la montée du fascime dans les années 30, pour ne pas négliger le haut niveau de fourberie et d'horreur dont sont prêts de nombreux militants d'extrême droite pour éliminer leur-e-s opposant-e-s. Bien sûr, 2026 n'est pas 1932. Mais se plonger dans l'histoire est une mine de réflexions concrètes et stratégiques. Je vous recommande en particulier les ouvrages et les interviews particulièrement pédagogiques de Nicolas Patin, de Johann Chapoutot ou de Christian Ingrao.
Si vous êtes allé-e au bout de cette lettre ouverte, je vous remercie pour votre attention.
Longue vie aux lieux de résistance et d'émancipation dans l'agglomération grenobloise, merci aux personnes tenaces et courageuses qui les font vivre."
* * *
POUR ALLER PLUS LOIN
Voici les 5 premiers épisodes de la série "Survivre à Grenoble", animée par Lou :
3. Les illusions de l'autodéfense à mains nues
4. Le kit de secours à porter sur soi
5. Le gros problème des armes à feu
Prochain épisode : Que faire face à un chien menaçant ?