Survivre à Grenoble : Le gros problème des armes à feu
Voici le cinquième épisode de la série Survivre à Grenoble, une série coordonnée par Lou, un Grenoblois se définissant comme survivaliste de gauche.
Après "Les points de ralliement", "Se préparer aux flammes", "Les illusions de l'autodéfense à mains nues" et "Le kit de secours à porter sur soi", Lou vous propose un topo percutant sur les armes à feu.
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LE GROS PROBLÈME DES ARMES À FEU
Vous n'y connaissez rien en pistolets, en fusils ou en mitraillettes, et à vrai dire ce sujet vous révulse ? Mais vous n'avez pas envie d'être comme un lapin devant un grille-pain si par malheur un homme vous menace avec une arme, si vous êtes pris dans une fusillade, ou si vous devez rapidement rendre un pistolet inutilisable ? Cet épisode est fait pour vous.
En temps normal, même si les fusillades sont de plus en plus fréquentes à Grenoble, les probabilités d'être confronté-e à une arme à feu sont extrêmement faibles.
En cas de catastrophe prolongée, si la police et l'armée sont totalement débordées ou absentes, si la société sombre dans le chaos, les armes à feu seront un gros problème. On n'imagine pas la quantité d'armes en circulation autour de nous, légalement et illégalement. Probablement plus de 15 000 pistolets et fusils rien que dans l'agglomération grenobloise, plus de 120 000 officiellement en Isère. Des centaines de mitraillettes de guerre et de grenades. Sans compter les armes factices mais réalistes, les puissantes armes à feu d'autodéfense, ou les armes insolites comme les stylo-revolvers.
Cet arsenal n'est pas seulement détenu par des réseaux mafieux. Une grande partie des armes sont aux mains d'hommes blancs d'extrême droite, via les associations de chasse et les clubs de tir sportif. C'est dire à quel point l'enjeu politique est fort.
L'enjeu, c'est le pouvoir. Les armes à feu sont les armes de la domination facile. Pas besoin d'être costaud-e, pas besoin de savoir se battre, pas besoin de savoir manier une arme blanche. Avec un pistolet ou un fusil, même le plus malingre des hommes peut imposer ses choix à n'importe qui. Et comment se comporteront les hommes armés en cas de pénurie d'aliments ou de médicaments ? Comment se comporteront-ils avec les femmes et les personnes racisées ? Ce n'est pas pour rien que les armes à feu sont l'une des obsessions des survivalistes d'extrême droite.
Voilà, les enjeux politiques sont clairement posés. Dans une société patriarcale et raciste, acquérir une culture des armes à feu me semble fondamental si vous êtes de gauche, si vous êtes féministe, si vous n'avez pas la peau blanche.
Dans cet épisode, je ne vais évidemment pas vous apprendre à manier une arme à feu. Mais si vous lisez cet article jusqu'au bout, vous saurez comment rendre un pistolet inutilisable, vous serez moins démuni-e en cas de fusillade, vous saurez où apprendre à manier des armes.
Pour commencer de manière légère sur un sujet si lourd, je vous propose de déconstruire les principaux mythes propagés par les films et les jeux vidéo. Puis nous approfondirons le sujet par des questions/réponses percutantes. Accrochez-vous, c'est parti !

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LES MYTHES DES ARMES À FEU
Les armes à feu sont omniprésentes au cinéma, à la télévision et dans les jeux vidéo. Imaginez le nombre de coups de feu que nous avons vu sur des écrans dans notre vie ! Ces scènes souvent spectaculaires façonnent notre imaginaire. Pourtant, elles propagent de nombreuses idées fausses :
"Quand on reçoit une balle, on voltige dans les airs"
Dans la plupart des films, les personnes touchées par des balles sont projetées en arrière, comme frappées par un immense marteau invisible.
En réalité, une balle qui perfore de la chair humaine fait juste un petit trou, comme un gros piercing. Une personne blessée peut tomber ou faire des gestes brusques et désordonnés à cause de la douleur, d'un os brisé, d'un tendon ou d'un muscle déchiré. Mais elle n'est pas propulsée en arrière. Même après plusieurs impacts de balle, dopées par l'adrénaline ou une drogue, certaines personnes peuvent même ne ressentir aucune douleur immédiate et continuer à se déplacer comme si de rien n'était.
Si aucun organe vital n'est touché, la principale cause de décès par balle est l'hémorragie interne ou externe. Comme un ballon percé, on se vide de son sang en quelques minutes. D'où l'importance de connaître les points de compression et les manières de faire un garot...
"Les armes à feu contiennent plein de balles"
Ah, les fameuses scènes de fusillades interminables, avec des acteurs qui tirent de tous les côtés, sans jamais recharger leurs armes ou presque. Dans la vraie vie, les armes contiennent peu de balles. 1 à 5 en général dans un fusil. 7 à 15 dans un pistolet. 20 à 50 dans une mitraillette. Et recharger n'est pas un mince affaire, surtout avec le stress.
La principale limite au nombre de balles, c'est le transport des munitions. Une balle de pistolet pèse 10 à 20 grammes. Porter 100 balles sur soi, c'est porter 1 à 2 kilos de métal. 7 à 10 kilos pour 500 balles de kalachnikov. Sachant qu'une mitraillette peut tirer 500 à 700 coups par minute, les balles manquent très vite.
Conclusion pratique : en général, pour rester mobile et ne pas être trop voyant avec un sac de munitions, un tireur porte peu de balles sur lui. Rarement plus de 50. La plupart des fusillades durent donc quelques secondes et parfois quelques minutes, le temps de décharger son arme puis de la recharger une ou deux fois.

"Ce n'est pas très difficile de viser juste"
Dans les jeux vidéo, c'est si facile de pointer son arme et de cliquer pour tirer... En situation réelle, toucher une cible est très difficile, surtout quand elle se déplace. Même à 10 mètres, un tireur expérimenté peut rater la plupart de ses tirs. Bien tirer implique d'avoir de bons appuis, une prise en main correcte de son arme, une visée précise, une pression fluide sur la détente et une bonne respiration. Toute erreur entraîne de fortes déviations de la balle. Un décalage de quelques millimètre de la mire au moment de viser peut provoquer un écart de plusieurs dizaines de centimètres sur une cible à dix mètres, plus d'un mètre à 50 mètres.
Même quand on tire une rafale de kalachnikov, toucher une cible est compliqué. Chaque tir provoque un recul et une montée du canon de l'arme, un phénomène physique difficile à compenser. Quand on tire une rafale à 50 mètres de distance, les balles dévient progressivement vers le haut, souvent de plus d'un mètre.
Ce problème du recul concerne toutes les armes. Chaque coup de feu est comme un petit coup de poing que l'on reçoit à l’épaule. En ajoutant le stress et le poids de l’arme, les muscles du bras se fatiguent rapidement, rendant la visée de plus en plus aléatoire.
Conclusion pratique : lors d'une fusillade, il faut se baisser le plus possible, car les tireurs ont naturellement tendance à tirer plus haut qu'ils le voudraient. Et se dire que plus on est loin des tirs, plus la probabilité de recevoir une balle est faible.
Attention, certains fusils de chasse ou fusils à pompe rendent la visée beaucoup plus simple. Au lieu de tirer des balles, ils tirent des cartouches remplies de petites billes qui partent sous forme de cône. À dix mètres, il suffit de viser dans la bonne direction pour qu'au moins quelques petits plombs touchent la cible.
"Désarmer quelqu'un, c'est toujours possible"
On ne compte plus les scènes où un héros réussit à désarmer spectaculairement son braqueur. Dans la vraie vie, c'est extrêmement compliqué, même pour un as de l'autodéfense à mains nues. Les gestes techniques sont très difficiles à reproduire, surtout avec le stress.
Au-delà de la technique, il faut savoir saisir sa chance : une personne qui vous tient en joue ne peut pas être concentrée indéfiniment. Plus les minutes passent, plus son attention est fluctuante. Mais guetter le moment d'inattention et tenter sa chance demandent un cran extraordinaire. Le mieux est d'essayer de négocier, un art de la parole qui fera l'objet d'un futur épisode.

"Un pistolet équipé d'un silencieux ne fait pas de bruit"
Ah, le fameux "tchouf tchouf" feutré du pistolet silencieux de James Bond... Et non ! La plupart des armes à feu font un bruit terrible, même avec un silencieux. À cause de la déflagration supersonique produite par la balle franchissant le mur du son, un coup de feu dépasse souvent les 130 voire 150 décibels. Plus fort qu'un avion au décollage. Les dégâts aux tympans peuvent être irréversibles. Les silencieux ne réduisent le bruit d’une arme que de 10 à 20%, ce qui correspond encore au volume d’un marteau piqueur.
Conclusion pratique : une fusillade produit un bruit terrible, souvent amplifié par les murs des villes ou les espaces clos. Comme si la foudre nous tombait et retombait dessus. Même avec de l'expérience, ce vacarme affolant peut nous tétaniser sur place, nous désorienter et nous faire perdre tous nos moyens. Il faut s'y préparer mentalement.
"Les voitures arrêtent les balles"
Grand classique au cinéma : les acteurs se réfugient derrière une voiture pour se protéger d'une fusillade. Et non ! La plupart des balles traversent facilement les fines couches de métal et de plastique d'une carrosserie. Le seul élément d'une voiture qui peut éventuellement nous protéger un peu, c'est le bloc moteur et les roues. La meilleure protection dans une ville, c'est un mur en béton le plus épais possible.
"Quand on tire sur une voiture, elle peut exploser"
Non, c'est rarissime. Bien que l’essence soit inflammable, une balle traversant un réservoir crée simplement un trou, et donc une fuite de carburant. Certes, ce carburant peut ensuite s'enflammer, par un court-circuit électrique, une source de chaleur ou une étincelle.
"On peut tirer dans une serrure pour ouvrir une porte"
C'est très risqué ! Tirer à bout portant sur du métal, sur du béton ou sur du bois, c'est propulser des éclats de matière dans tous les sens, donc potentiellement sur soi...
"Les gilets pare-balles protègent plutôt bien"
Malheureusement, même avec les meilleurs gilets pare-balles, on sort rarement indemne d'un coup de feu. Surtout à courte portée. Si elle ne traverse pas le gilet, une balle porte une énergie cinétique si puissante qu'elle se transforme en onde de choc transmise au corps. Comme un énorme coup de batte qui peut fracturer des côtés, déchirer des organes et provoquer une hémorragie interne.

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POUR EN FINIR AVEC LES ARMES À FEU
Nous avons déjà vu pas mal de notions importantes. Approfondissons désormais par quatre questions-réponses fondamentales. Courage, c'est bientôt fini !
À quelle distance tire une arme à feu ?
Avec un pistolet, un excellent tireur peut toucher sa cible à 30 voire 50 mètres. Avec un fusil de chasse, à 50 voire 100 mètres. Avec une mitraillette ou un fusil d'assault, à plus de 200 mètres. Mais les balles peuvent aller beaucoup loin, parfois plusieurs kilomètres pour les armes les plus puissantes. Dans tous les cas, au-delà de dix mètres, toucher une cible est difficile, surtout en conditions réelles.
Conclusion pratique : plus vous vous éloignez rapidement d'un tireur, plus les chances d'être touché-e sont faibles. En courant 10 secondes, on diminue très fortement la probabilité d'être atteint-e par un tir de pistolet. 30 secondes pour un fusil ou une mitraillette. En zigzagant si possible.
À part certains policiers et militaires, qui a le droit d'avoir une arme à feu chez soi ?
La première catégorie d'hommes légalement armés en France va vous sembler banale. Mais la seconde est méconnue...
Les principaux hommes armés en Isère, ce sont évidemment les 16 000 chasseurs actifs et les dizaines de milliers d'inactifs, plus de 50 000 au total. Leurs fusils doivent théoriquement être stockés dans des armoires fermées à clef. Les munitions doivent être rangées dans un autre endroit de la maison, pour que l'utilisation précipitée d'un fusil soit impossible. Dans les faits, de nombreux chasseurs ne respectent pas ces régles de sécurité. Ils ont un fusil chargé prêt à tirer, en général près de leur chambre à coucher.

L'autre catégorie d'hommes légalement armés en Isère, ce sont les 5 000 tireurs sportifs. Si vous rejoignez un club de tir sportif, si vous réussissez un examen théorique après plusieurs mois d'entraînement au pistolet et au fusil à plomb, si vous obtenez l'accord de la Préfecture, si vous faites preuve d'assiduité au sein du club, vous pourrez acheter des pistolets et des fusils, en toute légalité.
Au final, le stock d'armes détenues légalement en Isère par des chasseurs ou des tireurs sportifs est énorme : plus de 126 000 ! Une véritable armée de l'ombre.
Enfin, dernière catégorie méconnue : les hommes qui achètent des armes à poudre noire, c'est-à-dire des répliques de revolvers de westerns. Non, ce n'est pas une blague ! En France, il est légalement possible d'acheter des armes du Far West. Ces revolvers sont moins puissants que des armes à feu modernes et ne sont efficaces qu'à courte portée. Ils sont très compliqués à charger et à entretenir. Mais ils peuvent faire de gros dégâts. Et surtout, ils sont impressionnants.
Combien coûte une arme à feu ?
Dans une armurerie légale, un pistolet ou un fusil coûte entre 500 et 1 000 euros, plusieurs milliers d'euros pour les armes les plus rares, fiables et puissantes. Selon les calibres, une balle coûte quelques dizaines de centimes, parfois quelques euros pièce.
Il faut également prendre en compte les frais d'entretien : une arme est une mécanique de précision soumise à rude épreuve lors des tirs. Elle nécessite du nettoyage, de la lubrification et des réglages réguliers, comme une voiture.
Au marché noir, un pistolet s'achète plus de 2 000 euros, une kalachnikov plus de 5 000 euros. Mais attention ! Une arme achetée au marché noir peut avoir un défaut invisible à l'oeil nu, avoir été mal entretenue et vous exploser dans les mains. Certaines munitions peuvent être piégées. Et surtout, une arme dont vous ignorez l'histoire peut avoir servi à un crime et vous causer de terribles soucis judiciaires.
Il faut comprendre que chaque arme a sa propre signature, traçable par la police scientifique. Quand on tire avec une arme, le percuteur et le rayage du canon laissent une trace particulière sur la balle et la douille. À partir de balles et de douilles trouvées sur une scène de crime, la police peut prouver qu'elles ont été tirées par une arme retrouvée chez une personne. N'achetez jamais et méfiez-vous des armes du marché noir !

Comment rendre une arme inutilisable ?
Imaginez : vous trouvez une arme et vous souhaitez enlever toutes les balles, pour que personne ne puisse tirer avec.
La première règle absolue est de ne jamais pointer l'arme vers une personne. Certaines gachettes d'un pistolet ou d'un fusil peuvent être très sensibles, le coup partir par simple effleurement. La plupart des armes sont munies d'un cran de sûreté, une sorte de petit loquet ou de petit levier qui entrave ou bloque le mécanisme. Ce système est différent pour chaque arme, vous le trouverez en observant attentivement.
Pour enlever les balles, il faut malheureusement se plonger dans la technique, car chaque type d'armes a son propre mécanisme. Ce n'est pas très compliqué, mais il faut prendre quelques minutes pour comprendre le principe. Courage !
Pour commencer, je vous recommande de regarder ces courtes vidéos sur le principe général de fonctionnement d'un revolver, d'un pistolet, d'un fusil, d'une carabine et d'une mitraillette.
Ensuite, voici des petites vidéos expliquant comment décharger un revolver, comment décharger un pistolet, comment décharger un fusil de chasse à cartouches, comment décharger une carabine à balles et comment décharger une mitraillette.
Chaque arme est différente, mais une fois compris la logique générale, avec un peu d'observation et de patience, toute arme peut être déchargée. Je me permets juste de réinsister sur la règle de sécurité numéro 1 : ne pointez jamais une arme à feu vers quelqu'un, même pour rigoler !

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POUR ALLER BEAUCOUP PLUS LOIN
Internet dégouline de documentation et de vidéos sur les armes à feu, cette grande passion américaine. Dans cette jungle nauséabonde majoritairement produite par des hommes d'extrême droite, la seule ressource exceptionnelle que je vous recommande, c'est l'incroyable série Lock n'Load.
Cette série animée par le célèbre R. Lee Ermey (l'instructeur inoubliable du film Full Metal Jacket) permet de bien comprendre le fonctionnement et les effets de tous les types d'armes. Attention, c'est du pur style américain, spectaculaire et testostéroné. Mais au niveau pédagogique, c'est absolument génial. Vous trouverez cette série dans le commerce ou en cherchant bien sur le net.
Je vous recommande aussi deux articles publiés sur ici Grenoble :
- Sur les coulisses des clubs de tir sportif : Comment obtenir légalement une arme à feu en Isère ?
- Sur les chasseurs qui ne veulent pas chasser : On a trouvé "le bon chasseur" en Isère...

À bientôt pour le prochain épisode ! Un indice : Ouaf ouaf...