Nouvelle série : Survivre à Grenoble

11/01/2024

Que faire si le réacteur nucléaire de Grenoble explose ? Si un panache toxique s'échappe de la plateforme chimique de Pont-de-Claix ? Si une crue millénale ou une tempête dévaste l'agglomération ? Si une épidémie plus fulgurante et mortelle que le covid démarre ? Si le 18, le 17 ou le 15 ne répondent plus ?

Tout au long de l'année 2024, le média ici Grenoble vous propose une série de chroniques intitulée "Survivre à Grenoble". Elle sera animée par Lou, un Grenoblois qui se définit comme survivaliste de gauche. Qui est Lou ? Vous trouverez son parcours et sa vision du futur dans deux interviews pour ici Grenoble.

Concrètement, de quoi va parler cette série ? Panser une plaie sans désinfectants, se déplacer dans un immeuble en flammes, filtrer de l'eau, allumer un feu sans aucun outil, transporter un-e malade, neutraliser une arme à feu... Lou va nous présenter de nombreuses techniques et des matériels utiles pour soutenir vos proches en cas de crise, venir en aide aux personnes les plus démunies, se défendre face aux prédateurs humains.

Au-delà des techniques, cette série sera aussi politique. Elle interrogera le mode de vie capitaliste, nos dépendances, nos systèmes d'entraide, mais aussi les impasses du survivalisme. Croyez-nous : plus on apprend des techniques de survie, plus on veut défendre les hôpitaux publics, coûte que coûte...

Avant de commencer ce premier épisode, précisons un point important : le premier objectif du média ici Grenoble est de se battre pour un monde meilleur. Mais face au désastre climatique, à l'épuisement des ressources, aux chaos économiques et politiques qui s'annoncent, il nous semble pertinent de se préparer au pire. Au moins un petit peu.

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SURVIVRE À GRENOBLE

ÉPISODE 1 : LES POINTS DE RALLIEMENT

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Pour ce premier épisode, commençons en douceur par un concept basique mais fondamental : les points de ralliement.

Si le réseau téléphonique est coupé ou saturé, si internet ne fonctionne plus, si vous venez de perdre ou de casser votre téléphone, comment retrouver vos proches ?

Par défaut, la plupart des familles retourneront à leur domicile. Mais comment rejoindre vos ami-e-s de confiance, les autres membres de votre famille ou les personnes avec qui vous souhaitez vous organiser ? Si chacun-e se met à déambuler en ville pour essayer de se retrouver, c'est le risque de se rater, de perdre un temps précieux, dans un contexte où les déplacements seront potentiellement éprouvants ou dangereux.

Définir un ou plusieurs points de ralliement en cas d'urgence peut vous permettre de vous retrouver rapidement, de déposer des messages ou du matériel si vous devez quitter les lieux.

C'est aussi l'occasion de se poser une question existentielle : en cas de coup dur, quelles sont les personnes à qui vous faites le plus confiance ? Qui souhaitez-vous soutenir en priorité ? Proposer un point de ralliement à notre entourage, c'est envoyer un message fort d'entraide et d'attention.

Une fois défini votre "premier cercle de solidarité", reste une question : quels sont les meilleurs points de ralliement à Grenoble en cas de crise majeure ? Est-ce réellement votre domicile ? Certains lieux sont-ils plus adaptés ?

Il n'y a évidemment pas de réponse ultime. Quelques principes peuvent cependant nourrir nos réflexions :

- Les lieux trop près du Drac ou de l'Isère semblent peu adaptés, les crues étant l'un des risques majeurs de l'agglomération grenobloise.

- Les immeubles peuvent être trop sensibles aux incendies, trop difficilement évacuables, avec trop peu de sorties possibles.

- Si une ou plusieurs personnes de votre entourage peuvent difficilement se déplacer du fait de leur âge, de leur santé ou d'un handicap, leur domicile est sans doute le meilleur point de ralliement, pour leur venir en aide collectivement.

- Le fait d'être accessible par plusieurs itinéraires, à pied, en vélo ou en voiture, peut être un vrai atout.

- Le passage des ponts peut poser problème : en cas de crise majeure, ce seront des lieux stratégiques, potentiellement compliqués à traverser.

- Les lieux trop près des zones à risque sont à éviter : usines SEVESO, plateformes chimiques, stations essence, réacteur nucléaire de Grenoble...

- Ne pas être trop loin d'une route ou d'une voie rapide permet de partir en voiture si besoin, ou d'accueillir des véhicules de secours.

- Les lieux enclavés, au pied d'une falaise ou d'une zone infranchissable, ne permettront pas de partir facilement à pied ou en vélo.

- Les lieux disposant d'un poêle à bois ou d'une cheminée permettront de se chauffer même sans électricité.

- Les lieux collectifs (centres sociaux autogérés, locaux associatifs, squats d'activités...) peuvent constituer de précieux refuges pour se retrouver, partager des infos, s'organiser.

- Un lieu légèrement en surplomb permet de voir approcher les gens, ou de rejoindre rapidement un poste d'observation permettant une vue d'ensemble de Grenoble.

Cette liste non exhaustive vous donne le tournis ? Nous aussi. Il n'existe pas de point de ralliement idéal, il est impossible d'anticiper tous les scénarios de crise possibles.

Le pire, c'est surtout de ne pas avoir de point de ralliement. Imaginez l'angoisse de ne pas savoir où rejoindre de manière sûre les personnes que vous aimez le plus au monde.

Une simple discussion sur ce sujet, même rapide et imparfaite, peut vous éviter le pire. "En cas de catastrophe, si on n'arrive plus à se joindre par téléphone, on essaye de se retrouver tou-te-s ici, OK ?"

À bientôt pour le prochain épisode...