Marche blanche contre la violence du narcotrafic à Grenoble

Dimanche 3 mai 2026 à 14h00

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Fusillades, intimidations, assassinats en pleine rue : à Grenoble, rares sont les semaines sans une scène tragique rappelant la série Gomorra. Nous sommes encore loin des 25 à 50 mort-e-s par an comme à Marseille. Mais la tendance s'aggrave. Déjà 5 morts depuis le début de l'année dans notre agglomération  !

Dimanche 3 mai à 14h au départ de l'avenue Alsace-Lorraine, une Marche blanche s'organise contre la violence du narcotrafic à Grenoble,

Voici l'appel à cette marche de Azzeddine Mhiyaoui :

"Parce qu’il y a eu trop de morts.
Parce qu’il y a eu trop de familles détruites.
Parce qu’il y a eu trop de silence.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de politique, de quartiers ou d’histoires d’ego.
Il s’agit de dire stop.

Stop aux armes.
Stop aux règlements de compte.
Stop à la violence devenue normale.

Nous appelons les familles, les éducateurs, les associations, les clubs, les écoles, les structures de quartier, les médias et tous les habitants de Grenoble à se rassembler pour une marche blanche contre la violence.

Rendez-vous à Alsace-Lorraine, 4 rue Jay, 38000 Grenoble.

Pas une balle de plus.
Pas une vie de plus."

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Comment sortir de la spirale infernale du narcotrafic à Grenoble ?

Pour le gouvernement, la solution est simple : toujours plus de répression.

La récente loi Surveillance et narcotrafic alourdit notamment les peines pour la criminalité organisée. Elle permet désormais à la police d'accéder aux messageries chiffrées, d'activer à distance des micros et des caméras de tout objet connecté, ou encore de poser des IMSI-catchers dans des lieux privés. Autant de mesures également utilisables contre des activistes politiques.

La répression permet-elle vraiment d'enrayer le narcotrafic ? 

Depuis trente ans, tout démontre le contraire. Jamais autant de drogue n'a circulé en France. Jamais autant de consommateurs et de consommatrices. Dans l'agglomération grenobloise, 30 000 à 50 000 habitant-e-s consommeraient régulièrement du cannabis. 15 000 à 20 000 de la cocaïne ou des drogues de synthèse.

Si la répression ne marche pas, quelles sont les autres solutions ? 

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Avec l'équipe d'ici Grenoble, nous avons lu ou relu les livres de Roberto Saviano et Philippe Pujol, deux spécialistes du narcotrafic en Europe.

Tous deux considèrent la répression inefficace tant que la drogue entrera si facilement sur le territoire français, et tant que le blanchiment d'argent sera si simple. Dès qu'un dealer est arrêté, un autre prend sa place, attiré par les gains inégalables du narcotrafic. Aucun autre commerce n'apporte autant de rentabilité. 1 000 euros de cocaïne pure achetée en Colombie peut rapporter entre 100 000 et 1 million d'euros à la revente au détail.

Alors que faire ? 

Voici cinq solutions radicales inspirées des enquêtes de Roberto Saviano et de Philippe Pujol :

 

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1. Le contrôle systématique des conteneurs portuaires

La cocaïne d'Amérique latine et le cannabis du Maghreb arrivent massivement par les ports. À Grenoble, une très grande partie de la drogue consommée transite par le port de Marseille. Or à Marseille comme dans la plupart des ports européens, les contrôles de conteneurs sont rares et les douaniers peu nombreux. Tout est fait pour simplifier et accélérer les échanges commerciaux. Voilà pourquoi autant de drogues pénètrent si facilement sur le territoire français.

Scanner et fouiller méthodiquement les conteneurs entraînerait un ralentissement majeur de l'économie européenne, mais porterait un coup décisif au narcotrafic. Cette mesure n'empêcherait pas les mafias d'acheminer la drogue par d'autres moyens (livraisons sauvages sur les plages, largages aériens, corruption d'ambassadeurs, etc.). Mais ces méthodes seraient beaucoup plus risquées et plus complexes. Elles ne permettraient pas de faire rentrer autant de tonnes de drogues en France.

 

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2. Renforcer les chambres régionales des comptes

Le commerce de la drogue génère des profits vertigineux. Probablement 25 à 35 millions d'euros par an rien que dans l'agglomération grenobloise. Sous forme de billets de 10, 20 ou 50 euros.

Pour écouler cette masse de billets de banques sans éveiller les soupçons, les nacrotrafiquants utilisent de nombreuses techniques de blanchiment d'argent. L'une des plus pratiquées : intégrer tout simplement les billets dans le chiffre d'affaires d'un commerce légal (un restaurant, une épicerie, un salon de coiffure, une onglerie, une grande surface, etc.). On n'imagine pas à quel point le commerce des drogues irrigue l'économie légale grenobloise.

Le trucage du chiffre d'affaires d'une entreprise peut être assez facilement détecté par des spécialistes, en particulier par les chambres régionales des comptes. Il suffirait de doter ces institutions de véritables moyens humains et financiers pour identifier les vastes réseaux de blanchiment d'argent, en épluchant par exemple les comptes de milliers de commerces grenoblois.

 

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3. Décriminaliser la consommation de drogues

Cinq millions de Français-es consomment du cannabis et plus d'un million de la cocaïne. Cette consommation massive est désormais un enjeu de santé publique. L'addiction produit des conséquences épouvantables, en particulier chez les plus jeunes et chez les populations les plus vulnérables. Celles qui consomment le plus régulièrement du cannabis ou de la cocaïne coupée avec des produits toxiques : troubles psychiatriques, retards neurologiques, maladies chroniques, etc. 

Tant que consommer des drogues est considéré comme un crime, aucune politique de santé publique ne peut être déployée de façon sérieuse et coordonnée.

Décriminaliser la consommation permettrait d'instaurer de véritables campagnes de dépistage et de suivi médical par la médecine généraliste, la médecine du travail et la médecine scolaire. Il est urgent de venir en aide à toutes les personnes piégées dans l'addiction et sous l'emprise physiologique du narcotrafic, en particulier les adolescent-e-s.

 

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4. Soutenir les populations vulnérables

Le narcotrafic est le symptôme d'une société malade. Les mafias prospèrent sur l'angoisse, les souffrances et le mal-travail. Les principaux centres de consommation de drogues sont les quartiers défavorisés, où les stupéfiants sont utilisés comme anxiolytiques, anti-douleurs ou stimulants pour supporter des cadences de travail infernales.

Pour briser ce cercle vicieux, il faut investir massivement dans le soutien des quartiers les plus pauvres, améliorer les conditions de vie, fournir des emplois de qualité, des services publics de proximité, des aides sociales personnalisées, des centres de soin efficaces.

Dans une France de plus en plus dominée par l'idéologie d'extrême droite, ce discours est évidemment inentendable. Les enquêtes de Roberto Saviano et de Philippe Pujol sont pourtant claires : le narcotrafic est le résultat d'une société de plus en plus inégalitaire et paupérisée. Le narcotrafic se combat en améliorant les conditions de vie de toute la population.

 

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5. Légaliser les drogues ?

Ce point ne fait pas l'unanimité, il s'agit plutôt d'un questionnement, d'un débat à ouvrir. La récente série documentaire Cannabis montre bien à quel point ce choix politique n'est pas forcément le plus efficace, et doit être étudié de près. Mais de manière générale, la légalisation semble réduire fortement l'influence des trafiquants de drogue et améliorer le suivi médical des consommateurs et des consommatrices. Ce n'est certainement pas la solution idéale, mais c'est un outil de lutte à réfléchir urgemment.

 

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POUR UNE MOBILISATION POLITIQUE POPULAIRE

Le point commun de toutes ces propositions : elles dépendent du gouvernement et de l'État. Mais que peut-on espérer d'un pouvoir de droite ou d'extrême droite, à part la répression la plus brutale ? Surtout quand les premières victimes du narcotrafic sont les populations les plus vulnérables des quartiers pauvres.

D'autres actions sont-elles imaginables à une échelle plus communale, associative ou militante ? 

À Grenoble, de nombreux collectifs et associations se mobilisent face à une multitude de fléaux contemporains : le mal-logement, les nuisances industrielles, le sexisme, le racisme, etc. Pourquoi la guerre du deal mobilise-t-elle si peu les réseaux militants ? Quelles seraient les actions collectives possibles ? Ces questions restent ouvertes.

 

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POUR ALLER BEAUCOUP PLUS LOIN

Voici plusieurs ressources marquantes pour mieux comprendre le narcotrafic et les ripostes possibles :

 

1. Les analyses de Roberto Saviano

Roberto Saviano est l'auteur de plusieurs enquêtes majeures sur le narcotrafic dont Gomorra (sur les mafias en Italie) et Extra pure (sur le trafic mondial de cocaïne).

Voici deux récentes interviews passionnantes :

- Sur Mediapart : La France a toujours joué un rôle crucial dans le trafic de cocaÎne

- Sur France Inter : Narcotrafic : en France "le débat ne prend pas en compte le système financier"

Nous vous recommandons également un article du journal Le Monde : Vu d’Italie, je me dis que les Français n’ont pas idée de ce qui va leur arriver.

 

2. Les analyses de Philippe Pujol

Spécialiste du narcotrafic dans les quartiers défavorisés de Marseille, Philippe Pujol est l'auteur de plusieurs enquêtes majeures dont French Deconnection et La fabrique du monstre. Il propose non seulement des analyses sociologiques, économiques et politiques fines du commerce des stupéfiants, mais aussi de nombreuses solutions.

Voici une récente interview de Philippe Pujol (où il est notamment question de Grenoble) pour la chaîne Thinkerview, dans laquelle il explique en détails les évolutions de la guerre des drogues en France : Drogues : Les Camés et les Cramés de la Ripoublik ?

ATTENTION, LE MÉDIA ICI GRENOBLE NE CAUTIONNE PAS L'ENSEMBLE DE LA CHAÎNE THINKERVIEW, EN PARTICULIER DU FAIT DE LA COMPLAISANCE ET DE L'INCOMPÉTENCE DE SON ANIMATEUR LORSQU'IL REÇOIT DES PERSONNALITÉS D'EXTRÊME DROITE.

 

3. La série documentaire Cannabis

Pendant un an, Mathieu Kassovitz et Antoine Robin ont enquêté sur ces pays qui ont choisi la légalisation du cannabis : Maroc, Espagne, Pays-Bas, Canada, Thaïlande. En France, ils ont rencontré les dealers, les policiers, les usagers... Pour comprendre ce paradoxe : notre pays, où la loi est la plus répressive, est celui d'Europe qui compte le plus grand nombre de consommateurs, dont un tiers ont moins de vingt-cinq ans.

Pour visionner "Cannabis" en intégralité, c'est ici.

 

4. La série Gomorra 

Basée sur les enquêtes de Roberto Saviano, cette série ultra-violente nous propose une plongée sociologique et économique au coeur de plusieurs mafias européennes. Si la "romance" des personnages principaux est souvent tirée par les cheveux, la coupe anatomique du narcotrafic est saisissante.

Cette série est disponible en VOD sur de nombreuses plateformes.

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