Laurence Ruffin maire : Ses promesses, nos espoirs
Les sondages et les prédictions d'ici Grenoble se sont réalisés : Laurence Ruffin a été élue maire de Grenoble dans un contexte de forte abstention (40% en moyenne, mais jusqu'à 70% dans les quartiers les plus pauvres).
La représentativité de la nouvelle mairie PS-EELV-LFI est faible. Moins de 16% des Grenoblois-es inscrit-e-s sur les listes électorales ont choisi Laurence Ruffin au premier tour. Moins de 24% si l'on prend en compte son alliance avec La France Insoumise. Dans notre système électoral, une minorité prend tout le pouvoir.
En tant que libertaires, féministes, écologistes radicaux ou révolutionnaires, que peut-on espérer désormais ? Quelles sont les promesses marquantes de la nouvelle maire ? Quels sont les enjeux politiques les plus forts ? Voici le point de vue d'ici Grenoble.
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LES PROMESSES DE LAURENCE RUFFIN
Le programme de la liste Oui Grenoble s'inscrit clairement dans la continuité d'Éric Piolle, avec des propositions prudentes et pondérées, une volonté de consolider les avancées menées jusqu'ici, dans un contexte budgétaire fragile.
Voici cependant plusieurs promesses marquantes de Laurence Ruffin :
- 30% de logements sociaux. Éric Piolle avait réussi à passer de 20 à 25%. Face au désengagement de l'État, la nouvelle mairie pourra-t-elle construire davantage d'HLM ? Plus de 18 000 personnes sont sur liste d'attente dans l'agglomération grenobloise.
- La réquisition des logements vides. Sans les luttes tenaces du DAL Isère, jamais cette promesse n'aurait été inscrite sur le programme de Oui Grenoble. Laurence Ruffin est particulièrement attendue sur ce sujet. Éric Piolle aussi avait promis, mais sans résultats tangibles.
- La gratuité des transports en commun le week-end. Les dirigeants du Syndicat des Mobilités de l’aire Grenobloise sont pour l'instant hostiles à la gratuité. Les négociations s'annoncent intenses.
- L'Isère et le Drac baignables. Un sacré défi imaginé par ici Grenoble il y a dix ans. Combien de Grenoblois-es auront réellement envie de se plonger dans les eaux turbides de l'Isère, ou dans le Drac en aval des plateformes chimiques de Jarrie et de Pont-de-Claix ?
- Des paniers bio gratuits pour les femmes enceintes. Une belle mesure qui relance cette question : combien de paysan-ne-s faudrait-il pour nourrir Grenoble en produits bio ?
- 50 nouveaux policiers municipaux et de la vidéosurveillance pour lutter contre le narcotrafic. Le but est de recréer une police de proximité informant la police nationale. Spoiler alert : les résultats seront médiocres voire dérisoires. Quelles seraient les autres solutions ? Nous vous recommandons notre dossier : 5 solutions radicales contre le narcotrafic à Grenoble.
- Une tarification sociale de l'autopartage. Plusieurs milliers de Grenoblois-es utilisent déjà le génial service Citiz. La tarification sociale peut-elle faire exploser ce chiffre ?
- Des référendums auxquels les personnes étrangères pourraient participer. Laurence Ruffin va-t-elle réellement oser consulter les Grenoblois-es sur des sujets majeurs ? La préfecture acceptera-t-elle ce dispositif ? La population sera-t-elle réactive ?
- Un Centre de santé par secteur, en particulier dans les quartiers Flaubert et Saint-Bruno. Des mesures urgentes face à la pénurie annoncée de médecins, à Grenoble comme ailleurs.
- Le démantèlement du réacteur nucléaire de Grenoble. Et non, c'est une blague. Laurence Ruffin n'a fait aucune promesse concernant les risques d'accident nucléaire sur la Presqu'île scientifique. Ni sur le datacenter climaticide d'Eybens. Ni sur l'accaparement des terres agricoles et de l'eau par Soitec et ST Micro. Sans doute parce que Laurence Ruffin a longtemps été PDG d'une société d'informatique et cofondatrice de la SCIC French Tech in the Alps.
Parmi ces promesses, lesquelles seront effectivement tenues ? Dans notre système de démocratie dite représentative, les promesses n'ont aucune valeur légale. Une fois l'élection passée, la population n'a aucun contrôle direct sur les élu-e-s. Sauf par la lutte dans la rue ou au tribunal.
Et puisqu'on parle de luttes...
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NOS ESPOIRS
Comme beaucoup, nous avons été soulagé-e-s par la défaite d'Alain Carignon. Nous préférons mille fois une ville socio-démocrate au retour de la droite fascisante. Mais ce qui nous marque le plus dans le programme de Laurence Ruffin, c'est le manque de radicalité face aux catastrophes devant nous :
- Le désastre climatique : quiconque se plonge sérieusement dans les prévisions des climatologues est saisi-e d'effroi. À Grenoble comme ailleurs, une catastrophe nous fonce dessus. Elle ne se combattra pas avec un peu plus de pistes cyclables, de baignades dans l'Isère et de cantines bio. Le capitalisme est en train de détruire les conditions de la vie humaine sur Terre. Tout notre système de consommation et de production est à repenser. Quel-le maire osera déclencher un vrai plan d'urgence ?
- L'extrême droite au pouvoir : les probabilités d'un président RN ou Républicain soutenu par Trump sont désormais très fortes en 2027. À Grenoble, quel-le maire osera s'opposer de toutes ses forces à la déferlante de lois racistes, inégalitaires et climaticides ? Qui osera combattre la Préfecture et l'Hôtel de police pied à pied, avec courage et ténacité ?
- La misère grandissante : une grande partie de la population grenobloise s'appauvrit à vitesse accélérée, comme le prouve l'essor sans précédent du narcotrafic. Quel-le maire osera engager un plan massif de soutien aux quartiers populaires, une redistribution radicale des richesses de la ville ?
À Grenoble comme ailleurs, les réponses ne se construiront évidemment pas dans les urnes mais dans la rue. Dans les luttes du DAL Isère pour imposer des réquisitions. Dans les luttes de l'AG féministe de Grenoble pour imposer l'égalité. Dans les luttes d'Extinction Rebellion et Alternatiba contre le datacenter d'Eybens. Dans les luttes de Stop Micro contre Soitec et ST. Et toutes les mobilisations souvent héroïques relayées sur ici Grenoble.
Des centaines de Grenoblois-es se battent chaque semaine pour une transformation radicale de la société, plusieurs milliers lors de certaines grandes manifs. Pour lutter contre le désastre climatique, contre l'extrême droite et la misère, comment devenir des dizaines de milliers ? Il nous faut le nombre et la radicalité. Un puissant mouvement social, un fourmillement d'alternatives fortes et désirables. C'est le sens du média ici Grenoble depuis dix ans, ce sont nos espoirs pour les années à venir.
Merci à toutes les personnes déjà engagées à Grenoble, courage à tou-te-s !
