Survivre en milieu militant : Repérer les psychopathes

28/08/2026
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S'engager dans des luttes, rejoindre un collectif, faire vivre un lieu alternatif, c'est souvent du bonheur. Le bonheur de faire des rencontres enthousiasmantes, parfois des ami-e-s pour la vie. Le bonheur de se sentir plus fort-e-s ensemble. Le bonheur de faire partie de groupes joyeux, efficaces ou inspirants.

Mais le militantisme peut aussi virer au cauchemar. Quand des conflits féroces, des prises de bec épuisantes, des magouilles sordides éclatent. Quand des relations toxiques, des querelles larvées, une atmosphère tristoune minent les collectifs de l'intérieur. Tout ce qui alimente l'épuisement, le découragement, la déprime. Et parfois des burnouts très graves.

Pourquoi certains collectifs sont-ils si forts et durables, tandis que d'autres s'effondrent ou s'épuisent ? Quels sont les pièges les plus courants du militantisme ? Comment anticiper les situations problématiques ? Quelles sont les parades possibles ?

 

Kian du média ici Grenoble vous propose une nouvelle série intitulée "Survivre en milieu militant". Une série inspirée de ses expériences et de ses recherches. Chaque épisode présentera un point de vue percutant, souvent polémique. Et des outils d'autodéfense concrets.

Pour démarrer cette série, Kian vous propose un topo sur des expert-e-s du conflit dans les collectifs militants :  les personnalités à tendance psychopathique.

Tous les exemples présentés dans cet article sont inspirés de faits réels, à Grenoble ou ailleurs.

Accrochez-vous, c'est parti !

 

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LES PSYCHOPATHES DANS LES MILIEUX MILITANTS

 

Un pilier d'un lieu alternatif qui pique dans la caisse à prix libre ou dans les recettes du bar, tout en faisant habilement peser le soupçon sur d'autres personnes. Un-e responsable associatif qui diffuse des mensonges crédibles sur toutes les personnes qui remettent en question son pouvoir, et les menace si besoin. Un militant qui déploie une énergie considérable pour séduire les jeunes femmes d'un collectif, multipliant les grandes promesses, les conquêtes puis les ruptures brutales, semant une zizanie infernale.

Il existe un type de personnalité qui n'a aucun problème à mentir, à calomnier, à terroriser, à voler des idées ou du matériel, à manipuler les un-e-s et les autres, à créer une pagaille monstrueuse tant que le chaos lui est profitable : les personnalités à tendance psychopathique. Quand on ne s'attend pas à ce type de comportements, quand on n'y est pas préparé-e, on peut être sidéré-e et subir d'énormes dégâts individuels et collectifs.

C'est quoi exactement une personnalité psychopathique ? Comment les repérer ? Quels sont leurs ravages les plus courants dans les milieux militants ? Quelles sont les parades possibles ?

Voici un petit manuel d'autodéfense psychologique qui résonnera peut-être avec certaines de vos expériences collectives, mais aussi amicales, intimes ou familiales.

 

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C'EST QUOI UN-E PSYCHOPATHE ?

 

Quand on entend ce mot, on pense aux tueurs en série, à Hannibal Lecter, aux monstres mythiques du cinéma d'horreur. Heureusement, les "vrais" psychopathes sont rares. En France, le taux d'homicide volontaire dépasse rarement les 2 pour 100 000 habitant-e-s chaque année.

Il existe cependant une forme de psychopathie beaucoup plus répandue. Une psychopathie que certain-e-s psychiatres nomment "froide" ou "douce". Des personnalités prédatrices, généralement obnubilées par le pouvoir, le sexe ou l'argent, prêtes à tout pour parvenir à leurs fins, sans culpabilité, sans remords, sans empathie pour leurs victimes.

Cette forme de psychopathie ne concernerait que 1 à 3% de la population en France, mais probablement 15 à 25% des chefs d'entreprise ou des hauts responsables politiques. Ce sont les chiffres invérifiables qui circulent dans la plupart des textes sur la psychopathie.

 

Comment définir les personnalités à tendance psychopathique ? Les psychiatres semblent s'accorder sur les caractéristiques suivantes :

 

- Un fort égocentrisme : des personnalités obsédées par leurs intérêts personnels, par la soif de parvenir, avec des désirs généralement centrés sur le pouvoir, la réussite matérielle et les relations sexuelles. Une volonté d'occuper une position sociale dominante, d'avoir des personnes à son service, d'obtenir des avantages par rapport aux autres.

 

- Une grande estime de soi : le sentiment d'être fondamentalement supérieur-e aux autres, et donc d'avoir droit à des traitements spéciaux. Ce sentiment de supériorité se manifeste par une tendance à dénigrer les personnes autour de soi et la société de manière générale, cause de tous leurs soucis.

À l'inverse, les personnalités à tendance psychopathique supportent très mal la critique. Elles peuvent déployer des talents oratoires pour prouver qu'elles n'ont jamais tort, ou qu'elles avaient raison d'avoir tort sur tel ou tel sujet. Cette grande estime de soi fait que les personnalités à tendance psychopathique renvoient souvent un air d'assurance qui attire, et qu'elles savent manier pour amener d’autres personnes à faire des choses pour elles.

 

- Une faible empathie : les personnalités à tendance psychopathique sont en général peu intéressées par les gens autour d'elles, sauf par certains proches directement liés à leurs intérêts. Elles agissent la plupart du temps avec contrôle, calcul et froideur émotionnelle. L''empathie n'est pas totalement absente, mais elle est sélective et rarement spontanée. Les personnalités à tendance psychopathique peuvent par exemple se montrer très amicales, chaleureuses et drôles pour amener d’autres personnes à faire des choses pour elles.

 

- Le dédain des règles établis : aucun problème à mentir, à voler, à tricher, à dissimuler. Pour atteindre leurs objectifs, tous les coups sont permis. Une seule règle : pas vu pas pris.

 

- L'absence de culpabilité : aucune remise en question ou remords après un vol, un mensonge ou une violence. Même les sanctions ne remettent pas les personnalités à tendance psychopathique en question. Mais elles peuvent faire semblant d'éprouver de la culpabilité pour manipuler une personne et éviter une condamnation.

 

- Une intolérance à la frustration :  les personnalités à tendance psychopathique ne supportent pas de ne pas obtenir ce qu'elles veulent. Elles peuvent rapidement s'irriter et s'énerver. De manière générale, elles s'ennuient facilement et ont besoin de sensations fortes sans cesse renouvelées.

 

- Une aisance dans le conflit : dépourvues de timidité et très stratèges, les personnalités à tendance psychopathique n'ont aucun problème à prendre à parti une personne ou un groupe lorsqu'elles se sentent en position de force. Elles savent provoquer un conflit tant qu'il leur est profitable. Elles ressentent même souvent du plaisir à attaquer, à dominer, à rabaisser une personne.

 

Cette liste vous semble caricaturale ? Oui, c'est vrai. Je décris ici des tendances générales, à préciser, à nuancer ou à relativiser. La psychopathie est un concept controversé, c'est pourquoi je préfère parler de tendances psychopathiques, présentes à degrés divers chez certaines personnes.

À travers ce descriptif, on comprend en tout cas pourquoi ce type de personnalité semble surreprésenté dans les sphères du pouvoir. La surestimation de soi, la facilité à mentir et manipuler, l'aisance dans les conflits peuvent fortement aider à accéder au sommet de la hiérarchie, dans les entreprises comme dans les administrations. Et donc augmenter sa part de pouvoir, de réussite matérielle et de relations sexuelles.

Mais dans les milieux militants ?! En quoi des personnalités à tendance psychopathique peuvent-elles être attirées par des collectifs généralement en galère d'argent, de militant-e-s et de matériel ?!

 

 

 

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CE QUI ATTIRE LES PSYCHOPATHES DANS LES MILIEUX MILITANTS

 

Intégrer une belle colocation autogérée et ruser pour faire beaucoup moins de tâches collectives que les autres. Mentir sur sa situation financière pour obtenir des prêts sans reconnaissance de dettes. Piquer dans la caisse à prix libre d'un squat. Détourner les fonds d'une association. Privatiser le matériel d'un lieu alternatif. Solliciter sans cesse de l'aide gratuite pour des projets personnels. S'approprier la réussite d'une lutte pour briller en société ou séduire des jeunes militant-e-s plein-e-s d'admiration. Promettre monts et merveilles libertaires pour obtenir des faveurs sexuelles.

Les milieux militants peuvent devenir de véritables petits paradis pour des personnalités à tendance psychopathique : certain-e-s militant-e-s plein de générosité et d'idéalisme sont particulièrement manipulables, de nombreuses organisations collectives sont faciles à coloniser, les sanctions sont rares.

 

- Des militant-e-s manipulables : les mécanismes d'emprise reposent en grande partie sur l'art de la parole. En maniant avec éloquence des concepts théoriques, en multipliant les beaux discours anticapitalistes, féministes ou écologistes, en magnifiant ses exploits militants ou en les inventant, en s'appuyant sur la confiance et le capital sympathie qui rejaillit sur soi lorsqu'on participe à une cause admirable. en adoptant un air d'assurance qui fait autorité, on peut impressionner des personnes idéalistes en soif de repères, d'utilité et de sens. Des personnes prêtes à se plier en quatre au nom d'une utopie, d'un rêve collectif, d'un projet enthousiasmant.

Les personnalités à tendance psychopathique peuvent être extrêmement douées pour repérer et exploiter des militant-e-s de bonne volonté, souvent jeunes, fragiles ou inexpérimenté-e-s, les plus vulnérables aux techniques d'emprise. Et s'organiser petit à petit un réseau de personnes à leurs services.

C'est ainsi que l'on peut croiser, à Grenoble comme ailleurs, des cas particulièrement saisissants : des spécialistes de l'autodéfense intellectuelle particulièrement manipulateurs avec leurs proches, des doctes de l'autogestion extrêmement dominateurs au sein de leurs collectifs, des chantres du polyamour très libertins et consuméristes dans leur vie affective, des expertes de la rhétorique féministe terroriser d'autres femmes, des fervents défenseurs du logiciel libre piller des concepts pour leur propre prestige, des ténors de l'anticapitalisme particulièrement rapaces et radins dans leurs interactions sociales.

 

- Des organisations peu protégées : la plupart des associations et des collectifs sont ouverts à toutes et à tous. Les nouvelles énergies sont les bienvenues. Les contre-pouvoirs sont faibles ou inexistants. En peu de temps, il est souvent possible d'accéder à des postes-clefs ou des positions dominantes.

 

- Des sanctions rares : en cas de conflit insoluble ou de malversations, rares sont les collectifs disposant d'un protocole de justice interne, ou osant faire appel au système judiciaire de l'État. Les conflits les plus graves se transforment souvent en purs rapports de force, un domaine dans lequel les personnalités à tendance psychopathique sont comme des poissons dans l'eau.

 

Dans ce contexte, les ravages de la psychopathie peuvent être inimaginables. Une personne psychopathique peut intégrer un lieu alternatif, devenir membre du Conseil d'Administration, rentrer en conflit avec la  présidente du lieu tout en sortant discrètement avec son conjoint, déclenchant une zizanie monstrueuse qui pésera des années sur la vie du collectif. Une personne psychopathique peut rentrer dans une association, faire fuir les responsables et se réapproprier la génèse du projet, sans aucun complexe. Une personne psychopathique particulièrement talentueuse en rhétorique peut se constituer une cour d'admirateurs et d'admiratrices à son service, privatiser un lieu ou une lutte, en faisant fuir toute personne remettant en question son pouvoir.

Bien sûr, la psychopathie n'explique pas tous les conflits et toutes les emprises dans les milieux militants. Dans toute structure collective, des luttes de pouvoir peuvent surgir, pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Mais personne n'ira aussi loin dans les dominations et les ravages qu'une personnalité à tendance psychopathique. C'est pourquoi il faut apprendre à les repérer avant qu'il ne soit trop tard.

 

 

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COMMENT REPÉRER LES PSYCHOPATHES ?

 

Les personnalités à tendance psychopathique peuvent être douées pour passer inaperçues et afficher un masque de "normalité", au moins au début. Voici cependant une liste de comportements qui peuvent nous mettre la puce à l'oreille.

Attention, je rappelle que je ne suis ni psychologue ni psychiatre. Je vous présente ici ma synthèse de livres et de podcasts sur la psychopathie, listés à la fin de cet article. Ce qui suit n'est donc pas un diagnostic psychiatrique, mais des appels à la méfiance :

 

- La soif de pouvoir : méfions-nous des personnes qui, dès qu'elles entrent dans une association ou un collectif, veulent très rapidement accéder aux lieux de pouvoir. Un poste au Conseil d'Administration, la présidence, la comptabilité, la responsabilité du stock de matériel ou de la caisse, l'accès aux codes de sécurité d'un site internet, le porte-parolat, etc. Les personnalités à tendance psychopathique sont avides de positions dominantes. Tout ce qui permet de contrôler, de se rendre indispensable, d'obtenir des avantages.

 

- Des réactions émotionnelles étranges : du fait de son manque d'empathie, une personnalité à tendance psychopathique peut manifester des réactions inhabituelles ou superficielles face aux souffrances des autres. Par exemple rire quand une personne tombe et se fait très mal. Sembler indifférente et changer rapidement de sujet lorsqu'on évoque la maladie grave ou la mort d'une personne qui ne représente aucun intérêt pour elle.

Ce manque d'empathie peut aussi s'observer par des incohérences entre le sens d'une phrase et l'émotion associée. Par exemple si l'on vous dit : « Je n'ai jamais voulu te faire du mal » tout en affichant un sourire narquois, avec un ton étrange qui peut trahir un manque de sincérité. Ou sembler se réjouir d'un conflit, comme s'il s'agissait d'un divertissement. Ou décrire avec une certaine délectation les malheurs d'une personne.

 

- Des conflits permanents :  la vie d'une personnalité à tendance psychopathique est rarement apaisée. Sa soif de domination déclenche de nombreux conflits. Des conflits qu'elle provoque pour augmenter son pouvoir. Des conflits de victimes qui se défendent. Ces crises peuvent être incessantes, aussi bien dans la sphère militante qu'amicale, affective ou familiale. Dans tous ces conflits, les personnalités à tendance psychopathique se présentent la plupart du temps comme des victimes.

 

- Une flatterie intéressée : les personnalités à tendance psychopathique sont souvent douées en communication. Elles peuvent se montrer charmantes, enjouées et particulièrement prévenantes envers des personnes qu'elles souhaitent séduire. Elles peuvent multiplier les compliments et les propos admiratifs pour des personnes occupant des positions dominantes, ou des personnes qui pourraient lui rendre service. À l'inverse, elles peuvent se montrer extrêmement désagréables, indifférentes ou méprisantes pour les personnes qui n'ont aucune valeur à leurs yeux.

Ces grands écarts de comportements peuvent être saisissants. Demandons-nous toujours : cette personne est-elle sympathique et flatteuse avec moi parce qu'elle attend quelque chose de moi, ou est-elle sympathique de manière générale avec tout le monde ?

 

- Beaucoup de propos méprisants : du fait de leur sentiment de supériorité, les personnalités psychopathiques ont tendance à dénigrer, rabaisser et calomnier les personnes de leur entourage. Elles peuvent être particulièrement humiliantes et cinglantes avec leurs concurrent-e-s, mais aussi avec des proches censé-e-s être leur ami-e ou leur partenaire de vie. Ce mépris se décuple en cas de conflit. Les personnalités à tendance psychopathique utilisent souvent des phrases toxiques comme « Tu es tellement sensible » « Tu prends les choses trop au sérieux », « Tu n'as pas de coeur », etc.

 

- Un entourage assez docile et malheureux : les personnalités à tendance psychopathique sont très attirées par les personnalités généreuses, conciliantes ou de bonne volonté. Les personnes travailleuses, discrètes voire effacées. Les personnes qui ont tendance à douter d'elles-mêmes, qui sont en demande de reconnaissance, d'amour et d'affection. Les personnes souvent jeunes, qui manquent d'expérience sociale. Manipulé, exploité, cet entourage est souvent malheureux, éteint, épuisé. Les personnalités à tendance psychopathique font rarement le bonheur autour d'elles. Elles se soucient peu du bien-être de leurs proches.

 

- La domination conversationnelle : les personnalités psychopathiques ont tendance à contrôler les discussions, à ne pas laisser les autres parler ou peu, à ne pas vraiment s'intéresser à ce que l'autre dit, à faire la morale, sauf quand elles sont dans des phases de séduction et cherchent à inspirer la confiance.

 

- Des passages à vide : certaines personnalités à tendance psychopathique traversent des troubles psychiatriques brutaux, notamment des dépressions soudaines. Elles peuvent être le signe d'une forte anxiété liée à un sentiment de vide dans la vie, ou l'angoisse de ne pas parvenir assez rapidement à ses fins. De nombreux psychiatres soulignent aussi un fort risque d'addiction chez ce type de personnalité : alcool, cocaïne et autres substances excitantes.

 

- Un malaise indescriptible : si vous vous sentez souvent confus-e et désorienté-e au contact d'une personne, si vous avez tendance à douter de vos pensées et de vos perceptions après une discussion avec elle, si vous ressentez le besoin de vous excuser en permanence, si vous vous sentez souvent mal avec une personne qui affirme être votre ami-e, ce sont peut-être les signes d'une manipulation psychologique et émotionnelle.

 

- Un manque récurrent de réciprocité : êtes-vous autant écouté-e que vous écoutez l'autre ? Lorsque vous rendez des services, avez-vous des services en retour ? Lorsque vous prêtez ou donnez de l'argent à une personne, celle-ci fait-elle de même à d'autres moments ? Une analyse fine des nos échanges relationnels, économiques et matériels peut donner des indices sur la place que nous occupons dans une relation, et un éventuel système d'emprise.

 

Je pourrais enrichir cette liste. Si vous creusez le sujet de la psychopathie, vous trouverez de nombreux autres faisceaux d'indices, en particulier dans la communication non verbale.

Au-delà des indices, la présence d'un-e psychopathe peut aussi se déduire d'une analyse méthodique de nos associations, de nos collectifs ou de nos lieux alternatifs. Comment se prennent les décisions ? À qui profitent les ressources matérielles et le prestige d'une lutte ? Est-ce justifié ? Est-ce que des militant-e-s souffrent ? Y-a-t-il de la réciprocité et de l'écoute, ou de la calomnie et du conflit permanent ? Ces problèmes peuvent-ils être débattus sereinement, ou toute discussion entraîne-t-elle aussitôt des torrents de menaces, de fourberies et de blocages insolubles ? 

 

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QUE FAIRE FACE À UN-E PSYCHOPATHE ?

 

Les personnalités à tendance psychopathique ont très peu d'empathie, de culpabilité et de remords. Elles sont donc rarement sensibles aux récriminations sur les dégâts qu'elles causent. N'oublions pas qu'elles n'ont jamais tort ! Il ne faut pas compter sur elles pour qu'elles prennent spontanément en compte vos demandes et modifient leurs comportements.

Au contraire, elles auront tendance à ne rien lâcher et se montrer particulièrement hargneuses dans les conflits, utilisant tous les moyens possibles pour maintenir leur position dominante.

 

Face à cette réalité, les psychiatres conseillent généralement deux stratégies :

 

- Fuir ou prendre de la distance : une façon simple de se libérer d'une domination, c'est de couper les ponts. C'est d'ailleurs ce qui peut expliquer le fort turnover dans certains collectifs de lutte et certains lieux alternatifs : les gens fuient les personnalités toxiques, elles ont bien raison !

Mais fuir ou se protéger n'est pas toujours possible ni responsable. Que faire quand une personnalité à tendance psychopathique est en train de détruire un collectif de l'intérieur, mettre en danger une lutte, commettre des malversations ? Comment se défendre collectivement ?

 

- Fixer des règles implacables, mais se préparer au pire : si vous vous lancez dans une lutte de pouvoir contre une personnalité psychopathique, attendez-vous à un combat acharné. Regroupez-vous, étudiez votre stratégie, essayez de fixer des règles collectives implacables pour empêcher les prédations, tentez de limiter les dégâts, documentez les faits, contactez un-e avocat-e, préparez des plans de sécurité en cas d'agressions physiques. Certaines personnalités à tendance psychopathique n'hésiteront pas à s'en prendre directement à vous ou à vos proches, de façon frontale ou fourbe. Le chantage, l'empoisonnement ou le sabotage ne sont pas à exclure.

C'est l'une des raisons pour lesquelles la discrétion est vivement recommandée face à une personne repérée comme psychopathe. Toute information qu'elle obtiendra sur vous pourra être utilisée pour vous nuire, vous blesser ou vous manipuler.

Méfiez-vous également de toutes ses paroles. Si une personnalité psychopathe est coincée, elle peut se montrer particulièrement douée pour attendrir, parler d'une enfance difficile, de malheurs passés, les raisons qui la poussent à ne pas respecter les règles collectives, n'hésitant pas à inventer des histoires incroyables dans le but de vous tromper.

Mais fondamentalement, une personnalité à tendance psychopathique n'abandonnera jamais une position dominante, sauf par la contrainte ou si elle a intérêt à le faire. Et si elle doit quitter un lieu ou une structure collective, elle n'hésitera pas à piller tout ce qu'elle peut : comptes en banque, matériel, données, etc. Il faut s'y préparer.

 

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ÊTES VOUS UN PEU PSYCHOPATHE ?

 

Dans leur enquête passionnante Les nouvelles personnalités difficiles, les psychiatres François Lelord et Christophe André proposent une série de questionnaires pour repérer les personnalités à tendance histrionique, narcissique, anxieuse, borderline, passive-agressive, etc.

 

Voici leur questionnaire concernant les personnalités à tendance psychopathique :

 

Parmi ces affirmations, lesquelles vous semblent plutôt vraie ou plutôt fausses ?

- Quand j'ai envie de quelque chose, je ne me soucie pas de ce que pensent les autres.

- J'ai déjà pris des risques, juste parce que cela m'amusait.

- Ma morale dans la vie c'est plutôt "Pas vu pas pris".

- J'ai vite tendance à m'ennuyer.

- J'arrive à deviner les gens assez facilement.

- Je pense que je mérite une grande réussite.

- Entrer en conflit ce n'est pas grave, l'important c'est d'avoir le dessus.

- Les gens qui se plaignent de moi ont souvent bien mérité ce qui leur arrive.

- Je ne me sens pas facilement intimidé.

- J'ai eu de gros problèmes de discipline à l'école.

 

Attention, ceci n'est pas un diagnostic psychiatrique ! C'est une invitation à s'interroger sur soi-même et son entourage.

 

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POUR ALLER PLUS LOIN

 

La psychopathie est un vaste sujet ! Voici quelques références pour approfondir :

- Le livre Les nouvelles personnalités difficiles de François Lelord et Christophe André

- L'émission Psychopathes, trouble dans l'empathie sur France Culture

- Le podcast Les psychopathes de Psyké

- Le documentaire Je suis un psychopathe d'Arte

- L'article Fuyez les individus délétères du magazine Cerveau et psycho

- Le livre Altruistes et psychopathes d'Abigail Marsh