Prophétie : Si Mélenchon avait gagné...

08/04/2022
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Au premier tour des présidentielles, beaucoup espéraient une qualification surprise de Jean-Luc Mélenchon (il a manqué 500 000 voix). Certain-e-s rêvaient même d'un duel inattendu, offrant des chances de victoire pour le candidat de la France Insoumise.

Mais que se serait-il passé, concrètement, si Mélenchon était devenu président ? Aurait-il pu réellement appliquer son programme ?

C'est la question que pose frontalement l'économiste et sociologue Frédéric Lordon dans son dernier livre "Figures du communisme".

Sa réponse ?

La voici résumée dans une interview donnée à Là-bas si j'y suis :

"Le Capital, en 30 ans de mondialisation néolibérale, s'est doté d'instances disciplinaires à l'échelle internationale dont la réalisation la plus puissante sont les Marchés de capitaux. Les capitaux fuiront en masse la France, se détourneront de la dette souveraine française, et donc les taux d'intérêt vont monter à des niveaux considérables. Comme les Grecs l'ont expérimenté.

Actuellement, les taux d'intérêt Français sont quasiment nuls. Mais si, du jour au lendemain, les taux d'intérêt dépassent 5%, puis 10%, puis 20%, ce qui est tout-à-fait possible, l'équation budgétaire de l'État Français deviendra insoluble. Il se créera alors une panique dans l'ensemble de l'économie, alimentée par tous les médias mainstream. Les chaînes d'infos en continu créeront un climat de fin du monde.

Je te rappelle qu'en 1983 les médias sonnaient l'alarme en annonçant la banqueroute de l'État Français parce que son déficit était de 3,2% du PIB. La presse bourgeoise a pour premier réflexe de déclarer la banqueroute nationale dès que la politique s'éloigne de ce que réclament les intérêts de la bourgeoisie. C'est comme ça.

Le gouvernement Mélenchon serait pris dans une tempête totale. Une tempête financière, médiatique, politique, sans compter les malversations du capitalisme industriel qui pourrait saboter l'économie, comme l'expérience du Chili l'avait cruellement prouvé.

À ce moment-là, notre brave président Mélenchon se trouvera à un point de bifurcation historique, une sorte de quitte ou double. Soit il fait ce qu'a fait Tsipras en Grèce, arrivé au pouvoir avec des ambitions infiniment moindres, c'est-à-dire s'affaler. Soit il admet que ce qui est train de se jouer avec le Capital et toutes ses forces satellites est une guerre à outrance.

Et là, ou bien les masses sont derrière Mélenchon, comme elles l'étaient derrière Allende au Chili, soit elles n'y sont pas. Si elles n'y sont pas, c'est terminé.

Cette expérience de pensée te donne à voir la réalité du pouvoir politique. Arriver au pouvoir, c'est être une bande de quelques dizaines de couillons dans des palais officiels : pour que ça marche, il faut énormément d'autres choses.

Mais si les masses sont présentes, on rentre dans un autre univers, on franchit la frontière qui sépare la politique réformiste qui a l'intention de modifier le rapport de forces entre le Capital et le Travail, mais au sein du capitalisme, pour entrer dans le territoire des dynamiques révolutionnaires. La guerre à outrance avec le Capital, ça s'appelle la Révolution."

Cette réponse vous intrigue ? Pour aller beaucoup plus loin, nous vous recommandons :

- Cette courte interview de Frédéric Lordon : Si Mélenchon gagne, voici ce qui va arriver

- Un article critique : Questions stratégiques à Frédéric Lordon 

- Une longue interview de Là-bas si j'y suis : Le capitalisme nous détruit, détruisons le capitalisme

- Et bien sûr le livre de Frédéric Lordon : Figures du communisme