Médias : Facebook et les luttes grenobloises
À Grenoble, de plus en plus de collectifs et de mouvements contestataires se plaignent de la façon dont Facebook les traite : l'algorithme ne metterait pas assez en avant leurs événements (par exemple la Marche pour une écologie populaire et sociale du 15 janvier), certaines pages seraient même parfois supprimées sans préavis.
Que se passe-t-il ?
Rappelons quelques faits marquants :
À Grenoble comme ailleurs, Facebook triomphe : le DAL, Solidaires, le 38, Grenoble en lutte, Nous TouStes, l'Alliance citoyenne, les Bibliothécaires en lutte, Extinction Rebellion... Les groupes politiques les plus dynamiques et les plus "radicaux" de l'agglo communiquent en priorité et souvent en exclusivité sur ce réseau social.
Autre fait marquant : sur les 400 associations référencées sur le média ici Grenoble, plus de 300 ont des pages Facebook mieux mises à jour que leurs propres sites internet.
Pour le dire simplement, Facebook est devenu le premier média alternatif de Grenoble.
"Et alors ? Facebook, c'est super ! Tout le monde y est. C'est simple, c'est gratuit, c'est rapide. Et contrairement au média ici Grenoble, personne ne contrôle ou ne modère nos propos."
Personne, vraiment ?
Rappelons que le 27 janvier 2021, Mark Zuckerberg, le milliardaire PDG de Facebook, avait annoncé un changement progressif d'algorithme pour "ne plus recommander à ses utilisateurs et utilisatrices les groupes militants ou politiques". Plus d'un million de pages ont déjà été supprimées*. Concrètement, la visibilité des contenus politiques est de plus en plus réduite sur le fil d'infos des pages personnelles.
L'objectif désormais prioritaire de Facebook, du moins officiellement ? "Décourager les conversations clivantes" et proposer à ses 3 milliards d'abonné-e-s "des moyens de créer des opportunités économiques, de construire des communautés et d’aider les gens à simplement s’amuser"*.
Simplement s'amuser, vraiment ? Le 6 octobre 2021, le journal Le Monde révélait les "Facebook Files" : plusieurs centaines de documents internes décrivant les coulisses stupéfiantes du plus grand réseau social du monde, dont un algorithme favorisant les pires désinformations, les manipulations politiques et l'ultra-violence.
À Grenoble, toutes ces révélations vont-elles enfin briser le triomphe de Facebook ?
Rien n'est moins sûr. Depuis plusieurs années, les révélations glaçantes ont beau s'empiler sur le flicage, le fichage, la censure et les manipulations politiques du plus grand réseau social privé du monde, rien n'y fait. Facebook étend son empire, ringardisant et étouffant les médias alternatifs comme ici Grenoble. Et ça se comprend ! Efficace, rapide, gratuit, populaire, Facebook est une grosse carotte juteuse et sucrée. Avec un énorme bâton (de moins en moins) bien caché derrière.
Le média ici Grenoble n'a pas dit son dernier mot
Si l'audience instantanée de Facebook est cent fois meilleure que celle d'ici Grenoble, nous ne sommes pas ridicules sur la durée. Grenoble en lutte affiche 7 000 abonné-e-s sur sa page Facebook ? La liste de diffusion d'ici Grenoble en compte bientôt 3 000. Chaque semaine, des milliers de Grenoblois-es suivent ici Grenoble. Et malgré l'épidémie et le marasme politique, notre audience ne fait qu'augmenter.
Nous sommes également convaincu-e-s que Facebook n'apporte pas la vue d'ensemble et l'exhaustivité que nous essayons de vous proposer. Plus que jamais, nous croyons à la nécessité de créer des médias alternatifs locaux, indépendants, sans but lucratif. Face aux médias contrôlés par des milliardaires et l'ultra-droite de la Silicon Valley, construisons des plans B !
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Pour en savoir plus sur les faces cachées de Facebook, nous vous recommandons notre dossier Facebook et l'astroturfing.
* AFP, 28 janvier 2021