Don't look up : Des critiques grenobloises
À quelques semaines du premier tour, alors que le GIEC vient de publier un nouveau rapport accablant, une nouvelle Marche Climat se prépare à Grenoble vendredi 25 mars.
Quel était le slogan de la précédente Marche Climat du 12 mars, qui a rassemblé 1 500 à 2 000 personnes ? "Look up", en écho au film Don't look up.
Vous avez forcément entendu parler ou vu cette fiction qui bât des records d'audience sur Netflix.
D'un point de vue politique, que penser de ce film ? A-t-il un impact plutôt positif ou plutôt négatif sur les luttes contre la crise climatique ? Son message est-il plutôt motivant ou plutôt désespérant ? Peut-on mesurer les conséquences de ce film dans la vie réelle ?
Pour alimenter ce débat, le média ici Grenoble vous propose une synthèse des principales critiques entendues à Grenoble ou lues sur les réseaux sociaux.
Attention, si vous n'avez pas encore vu le film, cet article contient du divulgachage (spoilers) !
Les impacts positifs :
- Don't look up est l'occasion rêvée de parler des crises climatiques entre ami-e-s ou en famille, mille fois plus que la sortie d'un rapport du GIEC ou de la COP 26. C'est un excellent support de discussions politiques autour des médias, des réseaux sociaux, de la techno-science, du militantisme, etc.
- Le film popularise et légitime des critiques radicales (et parfois jubilatoires) des institutions dominantes : un capitalisme technophile qui nous dirige droit dans le mur, des smartphones conçus pour nous espionner, prédire nos comportements et nous détourner du réel, une oligarchie davantage préoccupée par son pouvoir que par la survie de l'humanité, des médias obnubilés par l'audience plutôt que par la vérité, tout un système qui nous mène au désastre.
- Don't look up nous fait ressentir, émotionnellement, le désarroi face aux catastrophes à venir, ce sentiment d'impuissance et de rage qu'éprouvent celles et ceux qui suivent de près la crise climatique. À l'image de la mini-série Tchernobyl, il s'agit d'une immersion "sensible" bien plus efficace pour comprendre la gravité de la situation qu'un livre d'analyses sur l'effondrement de la biodiversité.
Les impacts négatifs :
- Dans Don't look up, les mouvements populaires sont presque absents. Aucune lutte sociale, aucune grève générale, aucune action de sabotage pour renverser l'État capitaliste et tenter d'autres formes d'organisation collective : tout se passe comme si l'humanité désemparée n'espérait son salut que dans les décisions des puissances technocratiques, les seules capables de régler le problème : la NASA, les GAFAM, l'État. Comme si nous étions condamné-e-s à stagner dans le capitalisme, sans horizon de transformation sociale et d’émancipation.
- Le film nous présente une image particulièrement désespérante du militantisme : les dernières scènes nous montrent les contestataires les plus virulent-e-s tristement attablé-e-s, attendant la fin du monde avec angoisse, machouillant des tartes aux pommes industrielles dans un festin pathétique. Tout ça pour ça. Comme si les résistances étaient inutiles, comme si nous étions condamné-e-s à nous replier sur notre réseau d'ami-e-s proches, à consommer sans joie, résigné-e-s face à un processus inéluctable. Est-ce au contraire une ruse des scénaristes pour créer un "électro-choc", nous inciter à réagir avant qu'il ne soit trop tard ? Des personnes qui n'ont jamais milité de leur vie comprendront-elles ce message, ou seront-elles renforcées dans une vision vaine de la contestation ? Le débat est ouvert.
- Subversif ou non, Don't look up ne produira qu'une émotion de passage : ces 2 heures seront progressivement diluées dans les 2 000 heures d'écrans que chaque Français-e visionne en moyenne chaque année. Le film nous propose d'ailleurs sa propre mise en abyme avec la sortie d'un blockbuster style Armageddon juste avant l'arrivée de la comète. Une double mise en abyme même, par la diffusion de Don't look up sur Netflix quand on sait le rôle déterminant de cette plateforme dans le repli sur soi généralisé, la difficulté de quitter son canapé pour rejoindre des luttes collectives alors qu'il est tellement agréable de visionner d'excellentes séries addictives. Netflix, c'est un paquet de bonbons en permanence à portée de mains !
Les impacts dans la vie réelle :
- Les premiers gagnants de Don't look up, ce sont les producteurs et les diffuseurs du film. Cette magnifique machine à profits annonce bien d'autres films pré-apocalyptiques dans les années à venir. Spectacle engagé ou pas, il s'agit avant tout d'un spectacle commercial qui, cerise sur le gâteau, renforce l'image et la légitimité de Netflix. C'est toute la force et le génie du capitalisme de faire feu de tout bois, de s'appuyer sur le désastre climatique en cours pour nous vendre notre inquiétude et notre terreur face à l'avenir.
- Malgré tout, ce film va-t-il grossIr les rangs des luttes "pour le climat" ? Pour mesurer les conséquences politiques de Don't look up, nous avons quelques thermomètres : par exemple, est-ce que les rangs d'Extinction Rebellion Grenoble vont grossir dans les mois à venir, avec un afflux de jeunes notamment ? Les Cafés Collapsologie de Grenoble vont-ils refuser du monde faute de places ? De nouveaux collectifs d'écologie radicale vont-ils voir le jour ? Le vote écolo lors des présidentielles pourrait-il nous surprendre ?
À suivre... sur ici Grenoble !