Combien rapporte le commerce de la drogue à Grenoble ?

05/02/2024
droguetue-65c0ad37ba0a8969547916.jpg

Fusillades, intimidations, assassinats en pleine rue : rares sont les mois sans une scène tragique digne de la série Gomorra dans l'agglomération grenobloise. Parfois en plein jour, au milieu des passant-e-s.

On est encore loin des 25 à 50 mort-e-s par an à Marseille. Mais ici comme ailleurs, la guerre du deal est là.

Combien rapporte le commerce de la drogue dans l'agglomération grenobloise ?

En nous basant sur des statistiques nationales, nous estimons ce chiffre d'affaires entre 25 et 35 millions d'euros par an. Ces montants sont proches de ceux d'une grande surface. Le commerce des drogues s'apparente à un grand magasin invisible, réparti sur toute l'agglomération.

Ces estimations sont-elles réalistes ?

Un récent procès nous apporte une réponse. Douze hommes comparaissaient en octobre 2023 au palais de justice de Grenoble pour une vaste affaire de trafic de cannabis et de cocaïne rue Très-Cloîtres et place Edmond-Arnaud. Selon l'enquête, le chiffre d'affaires de ce trafic dépassait les 7 millions d'euros par an. Pour un seul point de deal.

Sachant que l'agglomération compterait 20 à 30 points de deal, autant dire que l'argent de la drogue locale dépasse peut-être de loin nos estimations.

Ces profits vertigineux nous permettent de mieux comprendre les nombreuses fusillades et réglements de compte qui gangrènent Grenoble. Le procès du trafic de l'Alma décrit les conflits impitoyables entre dealers, des actes de barbarie, des viols, des atrocités inimaginables rappelant la série Gomorra. Ici comme ailleurs, la guerre de la drogue est là, touchant les populations les plus défavorisées.

Combien de personnes vivent de ce commerce de la drogue dans notre agglomération ?

Selon les sources, on estime que le trafic de stupéfiants représenterait un "salaire équivalent temps plein" pour 150 à 200 personnes (les têtes de réseau) et un "complément de revenus" pour 1 000 à 1 500 autres (guetteurs, livreurs, stockeurs, transporteurs, etc.). 

Pour qui tout ce travail ?

30 000 à 40 000 habitant-e-s de l'agglomération consommeraient régulièrement du cannabis, 15 000 à 20 000 de la cocaïne ou des drogues de synthèse.

Pour une approche sociologique et structurelle de la drogue, loin des clichés, nous vous recommandons les enquêtes passionnantes de Philippe Pujol sur Marseille (dont le livre French deconnection), et bien sûr tous les ouvrages de Roberto Saviano.

Source des chiffres : Dauphiné Libéré, 14/10/23, 23/08/22, 29/11/22