Bibliothèques en lutte : L'invasion des Robothécaires

28/08/2021
roboti-61b0c609e2c3d083584961.jpg

C'est une victoire, et une défaite amère.

La victoire : Les bibliothécaires de Grenoble en lutte ne seront pas sanctionné-e-s pour leur opposition au pass sanitaire, et ont obtenu de belles avancées (pas de contrôle pour les 12-17 ans, système de click'n collect, etc.). Pendant trois mois, leur ténacité et leur solidarité ont été exemplaires.

La défaite : La mairie a décidé la mise en place de bornes d'autocontrôle du pass sanitaire à l'entrée des bibliothèques. Ces nouveaux robots (annoncés comme temporaires) s'ajoutent à la généralisation des automates de prêt déjà imposés ces dernières années.

Il y aura donc encore de la discrimination et du controle social à l’entrée des bibliothèques, et toujours plus d'automatisation des services publics (les robots, eux, ne se révoltent pas).

Que s'est-il passé exactement ?

Voici le communiqué de l'intersyndicale des bibliothécaires de Grenoble en lutte :

* * *

Voici le précédent communiqué des bibliothécaires :

"En ce 25 novembre et après 3 mois et demi de lutte, nous venons d’obtenir une belle victoire locale !

La mairie de Grenoble cède : signature d'un protocole de sortie de « crise » et abandon des convocations (disciplinaires ou pas, on ne saura jamais !) pour les 12 bibliothécaires.

Après celle du mois d'octobre (exemption de contrôle pour les 12/17 ans, les étudiants, les groupes asl et la possibilité de drive pour personnes sans passe sanitaire), nous nous félicitons de cette nouvelle victoire !

Cette lutte contre le passe sanitaire dans nos équipements, portait des choses essentielles. Il ne s’agissait pas seulement de défense des personnels ou du service public (qui restent des luttes légitimes), mais de porter un regard critique sur le monde tel qu’il devient : une société de contrôle, d’individualisation, de repli sur soi et auquel il nous faudrait contribuer.

Cette lutte grenobloise longue et tenace, a contribué et peut être même permis de donner au mouvement contre le pass une ampleur nationale, nous pouvons en être fières. Les élus grenoblois ont fait preuve d’incohérence et de lâcheté, eux qui avaient appelé à une mobilisation forte contre le pass en juillet et qui dès les premiers jours de notre lutte nous ont menacé de sanctions disciplinaires ; les mêmes qui auraient dû nous soutenir, nous protéger (notre élu au personnel, Pierre Mériaux, est pourtant inspecteur du travail et syndicaliste), nous ont méprisé, rabaissé, menacé, intimidé, poussé à bout.

Nous avons aussi été harcelé-e-s par des mails incessants, ayant pour conséquence un nombre d’arrêts de travail jamais atteint dans le service et conduisant à l’impossibilité certains jours d’ouvrir les équipements, faute de personnel.

Il y a eu dès le début de notre mouvement, une volonté de briser notre collectif, de nous intimer l’ordre de nous soumettre, d’obéir et de contrôler. Pour casser la résistances et la solidarité, notre employeur a utilisé une palette de stratégies patronales qu’il gère d’une main de maître. La plus magistrale : après des semaines de menaces qui ont usées plusieurs collègues, convoquer à des entretiens, individuellement, des bibliothécaires qui luttent dans le cadre d'un mouvement collectif !

Nous sommes encore sidérées du zèle dont la mairie a fait preuve pour faire appliquer une mesure qu’elle dénonce par ailleurs.

Pendant ces 3 mois et demi, nous avons regretté le manque de soutien des directions syndicales nationales et l’invisibilité médiatique au niveau national de notre mouvement, pourtant emblématique dans cette période. Est-ce parce que cette lutte a été portée quasi exclusivement par des femmes ? Est-ce parce que notre métier ne bloque pas l’économie ? Est-ce parce qu’il vient de la base ?

De même, alors que la municipalité place l’égalité femme-homme au cœur de son mandat, nous avons pu constater qu’il s’agissait encore qu’une déclaration d’intention, une récupération des luttes féministes.
Notre employeur nous a accusé d’être manipulées dans notre refus du contrôle du passe, incapable de concevoir que nous sommes suffisamment intelligentes pour penser par nous même.

Ensuite, il a tenté de réduire notre combat, à un problème psychiatrique, nous demandant de nous faire reconnaître comme fragiles par la médecine du travail, afin d’être exemptées de contrôle de passe. Et d’ajouter que tout refus de cette injonction serait considéré comme un positionnement militant et sanctionné.

On nous préfère « folles » que combattantes, le patriarcat a encore de beaux jours devant lui à la mairie de Grenoble !

Nous avons aussi pu constater que la charte d’écriture inclusive vantée par notre maire, n’était utilisée ni par lui, ni par ses élu.e.s ou cadres administratifs.

Pire encore, que ce soit au moment du plan de sauvegarde de 2016 ou dans les luttes en cours à la ville, on constate que les services « féminins » (culture, scolaire, santé-social) sont lourdement attaqués par cette équipe municipale. Nous avons du mal à croire au hasard.

Nous avons gagné sur plusieurs points au niveau local et sommes heureuses de cette victoire !

Mais nous continuons le combat contre le passe, nous allons enfin pouvoir consacrer notre énergie à lutter contre cette mesure abjecte, qui n’a rien de sanitaire, et recentrer nos forces contre le gouvernement qui persiste dans son absurdité.

Après 3 mois et demi, nous sommes fières de ce que nous avons entrepris, fières de notre force collective, fières de cette lutte, non conventionnelle parfois, à la schlag de temps en temps, mais elle était belle. Elle a permis d'ouvrir des espaces de réflexion et de solidarité. Elle a fait naître l’espoir que les changements auxquels nous aspirons puissent émerger par le bas, avec toutes ces petites luttes et ces petits collectifs.

Et ce qu’on a gagné par-dessus tout et qu’on ne nous enlèvera jamais, c’est le lien créé entre nous, l’idée qu’ensemble nous sommes fortes, les grosses émotions et les bonnes rigolades.

La lutte continue, rendez-vous le mercredi 1 décembre pour une nouvelle journée d’action et de grève nationale !

Seule la lutte paie !

*et pour une fois, ce texte a été accordé à la majorité !"

* * *

Voici les précédents communiqués :

"Les bibliothécaires rentrent dans leur 3ème mois de mobilisation contre le contrôle du passe sanitaire.

Malgré de multiples préavis de grève déposés dans toute la France, malgré 2 journées de grève nationale, malgré une correspondance débridée (lettres aux préfets, aux maires, aux ministres, …), malgré des dizaines et des dizaines de rassemblements/piquets de grève/prises de parole publique, malgré les pétitions, malgré une multitude de réunions, malgré les interpellations d’élu.es, malgré un énorme soutien de la population, le gouvernement ne cède pas, figé dans ça position autoritaire et inflexible.

Au niveau local, la mairie de Grenoble adopte la même attitude que le gouvernement et monte d’un cran dans la répression pour en finir avec un mouvement qu’elle aura d’abord appelé de ses vœux avant de tout faire pour l’éteindre.

C’est maintenant 10 bibliothécaires qui sont convoquées, avec risque de sanctions disciplinaires à la clé ! Quelle satisfaction notre employeur peut-il tirer à harceler et sanctionner des bibliothécaires qui se battent pour défendre l’accès universel aux bibliothèques ?  

Alors qu’est ce qu’on fait ? On continue le combat !

1er secteur en lutte contre le contrôle du passe sanitaire, nous subissons depuis 3 mois l’indifférence totale du gouvernement, la loi du silence de la presse nationale et les pressions de la part de nos employeurs.

Pour quelles raisons ?! Ah oui nous sommes majoritairement des meufs et notre métier ne bloque pas l’économie. Nous ne pesons rien dans la start-up nation, ni dans la métropole apaisée grenobloise ! Mais on s'en fout !

Alors nous continuons inlassablement à lutter pour plus de justice sociale, pour défendre le service public, pour défendre le sens de notre métier !

Nous refusons de nous soumettre aux lois antisociales, nous refusons la société de contrôle, nous refusons le management par la peur !

Nous appelons tous les personnels des bibliothèques et plus largement, tous les personnels de la Culture à se mobiliser massivement le mercredi 10 novembre !

Nous nous battons pour des bibliothèques ouvertes à toutes et tous, sans discrimination !

- Abrogation du passe sanitaire
- refus des menaces et des sanctions
- services publics accessibles librement sans conditions

Il faut continuer le combat pour obtenir l’annulation du contrôle du passe sanitaire dans nos établissements ! Il faut s’unir pour nous opposer aux sanctions disciplinaires qui nous menacent !

Les bibliothèques sont des lieux accessibles à toutes et tous et gratuits, où les règles sanitaires sont respectées et où le système de jauge permettrait l’accès sans discrimination. C’est parce que les bibliothécaires sont viscéralement attaché.es à leurs missions de service public qu’elles s’opposent aux lois liberticides qui divisent la population et vont à l’encontre de l’intérêt général

Le préavis de grève : https://sud-ct.org/spip.php?article430

Pour nous soutenir :
la caisse de grève : https://tinyurl.com/yukvy8fa
la pétition : http://urlr.me/f1xFD"

* * *

Voici le précédent communiqué :

"Vendredi 22 septembre était notre 26eme journée de grève contre le contrôle du passe sanitaire et les menaces de sanctions, et notre 7ème rassemblement public.

Beaucoup de personnes étaient de nouveau là pour soutenir notre lutte qui dure depuis le 24 août !

Nous nous battons toujours contre le contrôle du passe sanitaire et ses conséquences : discrimination et exclusion dans l’accès aux services publics (dans l’indifférence totale du gouvernement.)

Nous nous battons toujours pour défendre le sens de notre travail, pour rester des bibliothécaires et ne pas être transformées en agent.e.s de police.

Nous nous battons toujours pour refuser d’être des pions de la société de contrôle et pour refuser les dérives autoritaires du gouvernement.

Nous nous battons pour pouvoir lutter librement, sans être menacé.e.s et sanctionné.e.s.

Alors quoi de neuf au bout de 11 semaines de lutte, nous direz-vous ?

Ben il semblerait que notre employeur mette fin au suspense et monte d’un cran dans la répression.

En effet, la mairie de Grenoble ne semble pas avoir envie de proposer une sortie de crise, mais semble plutôt déterminée à réprimer un mouvement qu’elle avait pourtant appeler de ses vœux en juillet.

4 bibliothécaires, tirées au sort, sont convoquées à des entretiens disciplinaires le mardi 16 novembre. Vous noterez l’ironie du choix de la date.

Pourquoi autant d’acharnement à briser une lutte qui n’a d’autres objectifs que de défendre la justice sociale, l’accès aux services publics et nos missions de bibliothécaires ?

Quand d’autres villes ont fait le choix de soutenir publiquement les bibliothécaires en grève contre le contrôle du passe sanitaire, Grenoble fait le choix de la répression et du management par la peur. C’est presque aussi triste que pathétique !

Mais le mouvement continu ! Nous ne nous laisserons pas intimider et nous restons solidaires !

Nous pouvons déjà annoncer que le mercredi 10 novembre sera une date de mobilisation nationale contre le contrôle du passe !

Nous organisons aussi la riposte et une journée de soutien pour notre 4 collègues convoquées, les infos arriveront bientôt !

Parce qu’un coup porté contre l’un.e d’entre nous est un coup porté contre tous.tes, nous nous continuons le combat auprès de nos collègues !

Vous pouvez nous soutenir en relayant les infos de notre lutte et en venant à nos rassemblements !

La caisse de grève : https://tinyurl.com/yukvy8fa / pétition : http://urlr.me/f1xFD"

* * *

Voici le précédent communiqué :

"Le 22 juillet paraissait une tribune dans Libération, signée par Éric Piolle, dont voici un extrait : « Nous nous opposons à la nouvelle loi proposée à l'assemblée, tout comme aux mesures antisociales qui visent à faire payer la note de la crise sociale au monde du travail. A cette fin, nous aspirons à des mobilisations dans les semaines et les mois qui viennent ».

Où en sommes-nous après 11 semaines de mobilisation, réclamée par notre employeur ?

Des jours de grève qui s'enchaînent, un élu au personnel autoritaire et méprisant, un maire aux abonnés absents, une élue intermittente aux cultures, un monologue social et des syndicats dépréciés... Et le grand final, des bibliothécaires convoquées pour sanctions disciplinaires !!

Alors que le combat contre Macron et son gouvernement, aurait pu se mener conjointement, les bibliothécaires de Grenoble se retrouvent à devoir se battre contre des sanctions demandées par notre employeur !!

Pour conclure nous reprendrons les mots de la tribune de mediapart "Ainsi, en à peine quelques semaines, une même personne aura appelé à un mouvement de refus du pass sanitaire, puis aura tout fait pour l’éteindre, y compris par la menace et les débordements dont l’un de ses adjoints semblent coutumier, et enfin tente de l’annihiler par des sanctions disciplinaires. À l’heure où la méfiance prévaut à l’égard des élus de tous bords, c’est une bien piètre manière de défendre le rôle et la place de ceux-ci."

Nous continuons à refuser le pass sanitaire en bibliothèques. Nous nous battrons jusqu'au bout contre les sanctions, restons solidaires de tous les agents, parce qu'un coup porté à l'une d'entre nous et un coup porté à toutes !!

Soyons nombreux à ce rassemblement de soutien, diffusez, partagez, venez."

Voici le précédent communiqué :

"Le 13 octobre, un projet de loi pour proroger le passe sanitaire au-delà du 15 novembre doit être présenté en Conseil des ministres, alors même que la situation sanitaire est en voie d’amélioration.

Il est inenvisageable que l’accès aux services publics en général, et aux bibliothèques en particulier, soit entravé plus longtemps !

Il est intolérable que nos missions soient vidées de leurs sens plus longtemps et fassent de nous des auxiliaires de police.

Même si les tutelles contournent la loi et proposent des exceptions à l’obligation de montrer un passe sanitaire pour rentrer dans nos bibliothèques, trop d’usager.es restent encore exclus.

C’est l’ensemble de la profession qui doit se mobiliser mercredi 13 octobre, pour refuser le contrôle du passe sanitaire et sa prorogation au-delà du 15 novembre.

Le service public est un bien commun, socle des solidarités et doit le rester !

Refusons de prendre part à la société de contrôle voulue pour le gouvernement Macron et refusons de participer à la relégation sociale d’une partie de la société !

Nous, bibliothécaires de Grenoble, sommes en grève depuis le 24 août pour les raisons suivantes :
– refus du contrôle du passe sanitaire.
– refus de la dégradation de nos conditions de travail.
– refus des menaces et des sanctions.

Nous nous battons pour des bibliothèques ouvertes à toutes et tous, sans discrimination !

Nous appelons l’ensemble de la profession, à travers la France, à faire grève le 13 octobre, pour dire haut et fort : “NON AU CONTRÔLE DU PASSE SANITAIRE EN BIBLIOTHÈQUE !“.

Il faut continuer le combat pour obtenir l’annulation du contrôle du passe sanitaire dans nos établissements ! Il faut s’unir pour nous opposer aux sanctions disciplinaires qui nous menacent !

Les bibliothèques sont des lieux accessibles à toutes et tous et gratuits, où les règles sanitaires sont respectées et où le système de jauge permettrait l’accès sans discrimination.

C’est parce que les bibliothécaires sont viscéralement attaché.es à leurs missions de service public qu’elles s’opposent aux lois liberticides qui divisent la population et vont à l’encontre de l’intérêt général."

Voici le précédent communiqué :

"Après plus d'une année de crise sanitaire à adapter nos pratiques aux nouvelles contraintes imposées aux professionnels, le contrôle du pass est la mission de trop.

Un service public, par définition, se doit d'accueillir l'ensemble de la population sans distinction et cette valeur nous la défendons avec force, particulièrement dans les bibliothèques.

Concrètement depuis le mardi 10 août il nous est imposé d'exclure des usagers de nos équipements, il s’agit d’une discrimination de l’accès au service public, ceci est d’autant plus criant pour les publics les plus précaires, souvent éloignés de la vaccination.

Des agents des bibliothèques de Grenoble se sont opposés à effectuer ces contrôles. Notre employeur, M. Eric Piolle, clame quasi quotidiennement dans la presse son opposition au pass et signe des pétitions, dans le même temps les agents recevaient des lettres de menace de sanctions s'ils continuaient à ne pas effectuer les contrôles, 72 heures à peine après la mise en place. Ceci est proprement inacceptable !

Grenoble souhaite-elle être pilote au niveau national en matière de maintien de l’ordre ? Dans cette période de mise en place floue, notre employeur devait-il faire preuve d’autant de zèle à faire appliquer des mesures qu’il décrie ?

A cela s'ajoutent des agressions quotidiennes sur les agents. Cette mise en place du pass sanitaire est génératrice de fortes tensions, ce qui est délétère en pleine crise épidémique.

C'est pour cela que les agents seront en grève reconductible à compter du mardi 24 août 2021."

Cette lutte est soutenue par tous les syndicats de la mairie de Grenoble : Cgt, Cfdt, Fo, Sud, Cnt, Cftc.