5G : Un Observatoire de la pollution EM ?

10/07/2022
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Acouphènes, maux de tête, peau irritée, insomnies... Depuis le déploiement de la 5G à Grenoble, vous vous demandez si vos symptômes ou ceux de vos enfants pourraient être liés à une surexposition aux ondes électromagnétiques ?

Et si un Observatoire de la pollution électromagnétique se créait à Grenoble, pour obtenir en temps réel des mesures indépendantes et locales ?

Dans le cadre du prochain budget participatif (vote ouvert jusqu'au 3 septembre), un collectif propose de doter Grenoble de stations fixes et mobiles pour surveiller la pollution électromagnétique en non-stop, tout comme on le fait déjà pour l'air et l'eau. Les données seront publiques et en ligne.

Pourquoi ce projet ? Avec quels moyens techniques ? Et quelle légitimité scientifique ?

Le média ici Grenoble a interrogé le collectif porteur du projet, le "Comité de promotion du projet Surveillance de la Pollution Électromagnétique".

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ici Grenoble : Qui portera juridiquement l'observatoire de la pollution électromagnétique de Grenoble ? Une association ?

C’est la mairie de Grenoble qui portera juridiquement le projet, car il s’agit d’un projet de la ville dans le cadre du budget participatif. Mais le projet sera animé par des citoyen-ne-s. Précisons qu'il ne faut pas forcément être une association pour proposer un projet au budget participatif de la ville de Grenoble.

Combien de stations de mesures prévoyez-vous ?

Une dizaine de stations fixes et une station mobile.

Avec quel type de matériel ?

Pour les stations fixes, nous souhaitons des exposimètres large bande. Ils mesureront l’exposition dans une plage de fréquences incluant les sources de pollution électromagnétique les plus importantes, par exemple entre 200 MHz et 6 GHz environ. Ou bien ce seront des exposimètres capables de faire des mesures spectrales dans plusieurs bandes plus étroites, pour différencier les sources.

Et pour la station mobile ?

Pour la station mobile, nous pensons à un exposimètre capable de faire de mesures spectrales, ou un analyseur de spectres. Ces systèmes permettent d’associer aux données la position GPS de la station à tout instant. Ainsi, nous pourrons cartographier des zones entières de la ville à l’aide d’une seule station mobile.

Qui assurera le calibrage et l'entretien du matériel ?

Dans le cadre du budget participatif, une partie du budget présenté au vote est affecté sur l'entretien régulier des stations de surveillance. La maintenance des appareils est onéreuse. Une solution envisageable pour "contenir" le budget, c'est de ne choisir un certificat de calibration que pour l’appareil de mesure qui équipera la station mobile.

Pourquoi ?

L’entretien de ce type de machine comporte une recalibration de l’appareil tous les deux ou trois ans. Cette recalibration est faite en général par le producteur. Pour les stations fixes, une calibration non-certifiée pourra suffire, car des mesures ponctuelles dans ces lieux pourront être effectuées à l’aide de l'appareil certifié, par exemple si le niveau constaté dépasse un seuil critique.

Qui validera scientifiquement les données recueillies ?

Suite à notre proposition, un accord de principe a été mis en place entre la Mairie de Grenoble et un laboratoire de recherche Grenoblois spécialisé dans le traitement et l'analyse des données environnementales. Les données des stations fixes et mobiles pourront ainsi être partagées avec la communauté scientifique et ouvrir des pistes de recherche.

En 2021, la Fédération antennes relais Drôme-Ardèche-Isère a réalisé de nombreuses séries de mesures des ondes électromagnétiques dans l'agglomération grenobloise. Les résultats montraient une forte augmentation depuis 2016, le dépassement généralisé des 0,6 V/m généralement préconisés. Avez-vous également constaté une augmentation de l'exposition aux ondes électromagnétiques dans l'agglo ?

Depuis 2016, plusieurs bandes de fréquences supplémentaires ont été données en concession à des exploitants commerciaux par l’État, pour la 4G et la 5G. Ce choix détermine mécaniquement une hausse généralisée de l’exposition du public. Pour estimer l’étendue et la portée des augmentations, il convient de mesurer les ondes 24h/24 à plusieurs endroits simultanément. C’est bien l’une des raisons pour laquelle la mise en place d’un observatoire de la pollution électromagnétique est souhaitable.

Pouvez-vous nous rappeler la législation concernant les ondes électromagnétiques ?

Les limites réglementaires en France ont été fixées par le décret 2002-775 du 3 mai 2002. Ces valeurs ne doivent jamais être dépassées, en aucun lieu et en aucun moment.

Par ailleurs, la loi n°2015-136 du 9 février 2015 "relative à la sobriété, à la transparence, à l'information et à la concertation en matière d'exposition aux ondes électromagnétiques" a mandaté l’agence nationale des fréquences (ANFR) pour déterminer un seuil de sobriété, beaucoup plus bas par rapport aux limites réglementaires, pour les lieux où les citoyen-ne-s passent un temps considérable, par exemple les habitations.

Que prévoit la loi en cas de dépassement du "seuil de sobriété" ?

La loi définit comme "point atypique" une mesure dépassant ce seuil. Elle demande aux opérateurs, sous contrainte technique, de résorber les points atypiques dans les six mois, c’est-à-dire de trouver une solution pour faire baisser l’exposition sous le seuil de sobriété.

La loi octroie aussi aux maires la possibilité de demander au Préfet la convocation d’une instance de médiation, nommée instance de concertation départementale (ICD), si la situation le demande.

Concrètement, à Grenoble, des actions juridiques pour faire baisser le niveau d'ondes électromagnétiques ont-elles déjà réussi ?

À Grenoble, plusieurs points atypiques ont été recensés depuis deux ans. Une instance de concertation départementale se réunit régulièrement à la demande de la ville de Grenoble. Dans certains cas, les points atypiques ont été résorbés. Dans la plupart d’entre eux, pas encore.

C’est clair que pouvoir détecter un point chaud avant qu’il devienne atypique pourrait éviter beaucoup de démarches, qui s’avèrent assez pénibles, autant pour les citoyen-ne-s que pour les opérateurs.

Souvent, lorsque nous publions sur le média ici Grenoble des articles sur les ondes électromagnétiques et la santé, nous recevons des mails nous accusant de ne pas être dans une démarche scientifique, d'effrayer la population à mauvais escient. On nous dit par exemple que les ondes électromagnétiques n'ont aucun effet sur la santé, que les personnes dites "électro-sensibles" sont en fait des personnes avant des troubles psychiques. Selon vous, que dit la science sur les effets des ondes électromagnétiques sur la santé ? Quels sont les articles scientifiques les plus clairs et rigoureux sur ce sujet ? Quels sont les arguments scientifiques les plus déterminants ?

Les effets de la pollution électromagnétique artificielle sur la santé sortent du cadre de notre projet, qui vise simplement à la surveiller. Cependant, il est intéressant d’apporter des éléments sur ces questions.

Concernant la remarque sur le fait que "les ondes électromagnétiques n'ont quasiment aucun effet sur la santé" : en 2011, l’OMS a classé certains de ces rayonnements (dits non-ionisants) comme "peut-être cancérigènes" pour l'homme. Cela suffit pour se rendre compte que ce type de rayonnement doit être dispensé avec précaution.

Par ailleurs, le nombre d’effets reportés sur le vivant par les scientifiques est très important. On peut citer, par exemple, la sénescence précoce de cellules qu’il cause. Le sujet est complexe et la littérature très vaste. Ce n’est pas ici la place pour en faire un résumé.

Un bon point de départ pour se documenter, possiblement avant d’émettre des avis génériques sur le sujet, est la page wikipedia dédiée au rayonnement non ionisant.

Concernant les 2% à 5% de Français-es qui souffrent d’électro hypersensibilité (EHS), laissons la parole la plus haute autorité Française sur le sécurité sanitaire (ANSES): "l’Agence souligne que la souffrance et les douleurs exprimées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue les conduisant à adapter leur quotidien pour y faire face."

Cela certifie clairement qu’il ne s’agit pas d’une maladie mentale. Au-delà de la controverse scientifique sur le sujet, il faut dire qu’apparenter l’EHS à une trouble psychiatrique est une attitude répréhensible, car pour certaines de ces personnes le syndrome est très grave et cause une exclusion sociale, ainsi qu’énormément de souffrances, psychologiques et physiques.

Enfin, à celles et ceux qui vous accusent "d’effrayer la population pour rien", je rappellerais l’histoire de Clair Patterson.

Ce scientifique remarquable, à lequel on doit, entre autres, le calcul de l’âge de la terre, a dû partir faire des carottages dans les calottes polaires pour démontrer que le plomb contenu dans l’essence était en train de polluer la planète entière.

Il a dû aussi analyser le niveau de plomb, baryum et calcium dans les os de squelettes Péruviens âgés de 1600 ans. Ces analyses lui ont permis de démontrer une augmentation de 600 fois du niveau de plomb dans les os modernes, sans changement pour le niveau de baryum et calcium.

Remarquons au passage que la concentration de plomb dans l’essence rentrait bien dans les limites réglementaires de l’époque. Nous étions dans les années 70.

Après avoir prévenu le monde entier sur ses découvertes, Clair Patterson a été à maintes reprises dénigré par certains "collègues", qu’on a su après coup avoir des conflits d’intérêt avec l’industrie. Il était seul à défendre la cause, mais il n’a pas démordu.

Le plomb a été progressivement interdit dans l'industrie du pétrole, alimentaire et autres. Beaucoup plus tard, en 2004, le plomb a été classé par l’OMS comme "probablement cancérigène".

En Août 2021, un demi-siècle après les démonstrations de Patterson, le Secrétaire Général de l’ONU António Guterres tint un discours mélodramatique pour se réjouir que le plomb avais disparu dans les essences (presque) partout dans le monde.

Je vous invite à écouter ce discours si vous comprenez l’anglais : il ne mentionne jamais le Docteur Clair Patterson. Pourtant, c’est le travail de Patterson qui a prévenu la mort prématurée et une baisse de 5 à 10 points du quotient d’intelligence de millions de personnes.

Pourquoi rappeler cette histoire ? Pour deux raisons. D’abord, si aujourd'hui nous n'avons pas le problème d'une pollution généralisée au plomb, ce n'est certainement pas grâce à ceux qui à l’époque, nombreux, ont accusé le Docteur Petterson d'effrayer la population pour rien.

Ensuite, l’humanité a déjà vu maintes fois ce cinéma : avec l'amiante, la formaldeide (donné sous forme de pastille pour le mal à la gorge aux enfants, et dont le goût était tellement bon que les enfants simulaient d’avoir mal à la gorge pour avoir le bonbon), le Bispénol A dans les biberons pour les nourrissons, etc.

Dans ceux-ci et beaucoup de cas similaires, les scientifiques ont commencé à avertir du danger, en moyenne 20 à 30 ans avant que les substances concernées soient reconnues toxiques par les instances régulatrices. C’est normal donc que des voix s'élèvent pour avertir d’un danger alors que tout le monde semble s’accorder sur le fait qu’il n'y en a pas.

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Pour en savoir plus sur le projet d'Observatoire de la pollution électromagnétique à Grenoble, c'est ici.

Pour voter pour ce projet, c'est ici.

Pour savoir où sont les antennes 4G et 5G à Grenoble, c'est ici.

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Pour comprendre les enjeux de la 5G, nous vous recommandons une enquête passionnante réalisée par le média Reporterre en six épisodes :

1. Plongée dans l’univers de la 5G : merveille ou cauchemar ?

2. La 5G, des fréquences, des antennes et des craintes

3. La 5G, pactole ou fantasme économique ?

4. Avec la 5G, demain, tous surveillés

5. La 5G ignore les enjeux écologiques

6. La 5G se déploie alors que ses effets sur la santé ne sont pas évalués

Pour en savoir plus sur la pollution électromagnétique, nous vous recommandons également une interview de Marie Milesi, coordinatrice d'un livre publié en 2018 aux éditions Terre Vivante : La pollution électromagnétique.