Arrestations "ZAD Buisserate" : Les précisions du CAR 38

18/09/2020

En plein désastre climatique, l'État s'acharne sur six activistes qui luttent contre la bétonisation d'un jardin collectif...

Dans la nuit du 4 au 5 septembre, six personnes de 21 à 29 ans ont été interpellées sur les Jardins ouvriers et partagés de la Buisserate, une terre fertile convoitée par un projet immobilier.

Soupçonné-e-s de vouloir créer une Zone À Défendre, les six de la Buisserate ont subi 60 heures de garde-à-vue sous juridiction anti-terroriste, ont été fiché-e-s avec prélèvement ADN puis mis-es en examen pour "association de malfaiteurs en vue de commettre des dégradations" et "tentative d’installation en réunion sur le terrain d’autrui".

Les six de la Buisserate sont désormais placé-e-s sous un contrôle judiciaire extrêmement strict au regard de la faible gravité des faits : interdiction d'entrer en contact entre elles, assignation à résidence, obligation de travailler ou d'effectuer une formation. Tout cela le temps de l'instruction, qui pourrait durer très longtemps.

Que s'est-il passé exactement ?

Voici le communiqué du Collectif Anti-Répression Isère :

"Dans la nuit du vendredi 4 septembre, 6 personnes se sont introduites sur les jardins de la Buisserate, à Saint-Martin le Vinoux, où elles sont très rapidement interpellées avant d'être placées en garde-à-vue.

Dans les jours qui suivent, quelques articles sortent sur le sujet. L'histoire qu'on y entrevoit, c'est surtout celle d'un récit policier, avec, comme narrateur privilégié, Eric Vaillant, procureur général du parquet de Grenoble. On y découvre 6 protagonistes, isolé-e-s, qui souhaitent, dans leur coin, "monter une ZAD".

En fait, depuis des années déjà, des habitant-e-s et voisin-e-s, soutenu-e-s par une large panel associatif (France Nature Environnement, les Amis de la Terre, Alternatiba/ANV-COP21...) tentent de défendre les jardins ouvriers de la Buisserate face à un projet immobilier qui menace leur existence. Cette lutte s'est intensifiée ces derniers mois, en raison de l'imminence probable de travaux de terrassement et la volonté de continuer à faire vivre ces jardins.

C'est dans ce contexte que se dessinent les premières lignes d'un grand emballement général. Le samedi matin qui suit ces arrestations, la police judiciaire de Lyon, déjà en charge de l'enquête fourre-tout autour des incendies volontaires grenoblois, vient en aide aux flics locaux et le parquet de Paris est appelé.

Durant le week-end, ces 6 personnes subissent fichage, prélèvements ADN - parfois de force sur un masque ou un vêtement - et 5 perquisitions à leurs domiciles. D'une simple garde-à-vue pour avoir pénétré sur un terrain privé, cette histoire se transforme alors en association de malfaiteurs, les exposant à un prolongement de leur détention pouvant aller jusqu'à 96h (elles y resteront 60h).

Le lundi après-midi, elles sont présentées devant une juge d'instruction qui, suivant les réquisitions du procureur général, ouvre une instruction judiciaire et les met en examen pour "association de malfaiteurs pour groupement en vue de commettre des dégradations" et "tentative d'intrusion sur un terrain privé en vue d'y habiter".

Les prévenu-e-s sont également soumis-e-s à un contrôle judiciaire extrêmement strict : pointage hebdomadaire au commissariat, assignation à résidence entre 20h et 7h, obligation de travailler ou d'effectuer une formation, interdiction d'entrer en contact les un-e avec les autres, de se rendre sur la commune de Saint-Martin le Vinoux, et de sortir du territoire national.

Si cette histoire prend une dimension aussi disproportionnée c'est aussi que, depuis plusieurs années déjà, les médias nationaux, très largement alimentés par les discours et actions du préfet et du procureur, cherchent à vendre "l'ensauvagement grenoblois" à partir de quelques faits divers.

Cette thématique particulièrement récurrente ces dernières semaines n'est pourtant pas nouvelle et justifie ensuite l'arsenal répressif qui se met en place. Ainsi, dans cette affaire, nous ne pouvons que constater le développement d'une forme de répression où des mesures de restriction de liberté sont imposées à des personnes qui ne sont ni inculpées ni condamnées.

En effet, ce contrôle judiciaire vise surtout à briser des liens d'amitié, servir d'exemple, casser le moral des personnes en lutte et dissuader celles qui seraient tentées de vouloir les rejoindre.

Face à ces situations, notre collectif alerte régulièrement sur les dérives d'un Etat d'urgence sécuritaire entré dans le droit commun et d'un Etat d'urgence sanitaire qui lui a emboîté le pas. Ici, la réponse judiciaire apparaît totalement disproportionnée au regard des faits reprochés, et nous inquiète plus largement sur l'installation d'une nouvelle norme répressive à Grenoble pour les années à venir.

Quoiqu'il en soit, nous nous tiendrons toujours aux côtés de celles et ceux qui subissent les foudres de la répression. Si le but est de briser les dynamiques politiques à Grenoble, c'est en se tenant ensemble avec solidarité que nous trouverons la meilleure des réponses.

Par conséquent, nous continuerons à soutenir celles et ceux qui luttent sur les jardins de la Buisserate comme ailleurs, et nous serons toujours là pour les aider face à une justice qui voudrait les faire taire."

Voici également le communiqué du collectif Avenir des Terres Isère, qui coordonne la défense des Jardins ouvriers et partagés de la Buisserate :

 

Voici le lien vers la vidéo citée dans le communiqué : Ensauvagement de la Buisserate.

* * *

Vous n'avez jamais entendu parler de la lutte pour sauver les jardins partagés de la Buisserate de Saint-Martin-le-Vinoux ?

Voici une nouvelle petite bande dessinée qui explique l'histoire de ces jardins et les enjeux de cette lutte :

 

/user/mes-fichiers-a-moi/la-une/10670/buiss1.jpg

 * * *

Cette bande dessinée vous a plu ?

Alors en voici une seconde qui raconte les luttes contre le projet de centre commercial Neyrpic à Saint-Martin-d'Hères :

 

Pour en savoir plus sur les luttes contre le centre commercial Neyrpic : Neyrpic Autrement